Di sak na pou di

Dieu et le diable

Georges Benne / 8 décembre 2015

Lorsqu’on on me parle de Dieu, ma seule crainte est qu’on m’embrouille l’esprit. Et pourquoi ? Parce que l’idée que chacun se fait de Dieu repose souvent sur un malentendu. Comme l’écrivait le père Jean Cardonnel : « Dieu est postulé, Dieu est présupposé, Dieu est sous entendu. Il y a un mystère mais aucune problématique de Dieu, ce qui permet de fonder tout l’enseignement religieux sur un formidable non-dit, recouvert par l’étiquette menteuse de la vérité première la mieux établie. » Et cette idée, sans qu’on s’en aperçoive, porte l’empreinte du Pouvoir. Du pouvoir qui, au Ive siècle, avait fait du christianisme la religion officielle de l’Empire romain : « l’ écart n’a cessé de se creuser entre les commandements du Christ et les pratiques de l’institution ecclésiale. » soulignait Frédéric Lenoir dans son livre « Le Christ philosophe ». Il a fallu attendre le pape Jean 23 avec le Concile Vatican II, et aujourd’hui le pape François, pour tenter de faire retrouver à l’Église catholique sa vraie source. Mais devant les atrocités de l’Inquisition, « cette incroyable perversion, en opposition radicale avec le message des Évangiles » et la barbarie de tous ces fanatiques qui osent se réclamer de l’Islam, chacun peut mesurer vers quel abîme nous conduit une fausse interprétation de la religion qui confine à l’obscurantisme. Car c’est bien au nom de Dieu, que tant cruautés, tant d’horreurs, tant de crimes sont commis à chaque instant sur cette terre !

Dieu, par définition, c’ est le Libérateur : il libère les cœurs, comme il libère les esprits, il nous apprend à penser juste et à parler vrai : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, et ce qui y est ajouté vient du diable. » (Matthieu, 5, 37)

Le diable, c’est tout à fait l’opposé : « diabolus » en latin et « diabolos »en grec, signifient « qui divise » . Justement, la grande maxime du pouvoir est bien « diviser pour régner. » Le diable est le symbole de la « pensée double », qui trouve sa traduction dans la « pensée unique ». Oui, celle qui sert les intérêts des marchés financiers, des entreprises multinationales, du F.M.I., de la Banque centrale, de l’Eurogroupe…et dont les médias répandent partout la bonne parole – la « pensée unique », telle que l’ancien directeur du « Monde diplomatique » Ignacio Ramonet l’a clairement définie : « cette visqueuse doctrine qui, insensiblement, enveloppe tout raisonnement rebelle, l’inhibe, le trouble, le paralyse et finit par l’étouffer ; la seule autorisée par une invisible et omniprésente police de l’opinion. »

Aussi, pour désigner le diable, c’est bien à elle que le pape François s’en prend précisément. Il existe une menace qui parcourt le monde, nous dit le Saint-père, c’est celle de la « mondialisation de l’uniformité hégémonique » caractérisée par la « pensée unique, fruit de la mondanité », à travers laquelle on n’hésite pas à renier ses propres traditions, sa propre identité, – une « pensée unique », qui domine déjà le monde et va jusqu’à légaliser les « condamnations à mort »., les « sacrifices humains » à grand renfort des « lois qui les protègent. » « La plus belle ruse du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », disait Baudelaire. ll convient d’y d’ajouter : et que les religions servent sa cause, surtout auprès de ceux dont il réussit à merveille à embrouiller l’esprit !

Georges Benne


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