Di sak na pou di

Dix ans déjà.

Témoignages.re / 7 juin 2011

Il y a dix ans Vladimir Canter nous quittait, victime d’un accident de la route. Il préparait sa licence de mathématiques et à 23 ans à peine, il était le premier étudiant à être élu vice-président du CROUS de La Réunion. Aujourd’hui, le théâtre du campus porte haut son nom, mais il était bien plus que ça.

Il pensait que les étudiants ne devaient pas venir à la fac simplement pour prendre des cours et rentrer chez eux. Il défendait l’idée que la culture devait faire partie intégrante de la vie de tout jeune et surtout des jeunes étudiants.

Né en France, lui et sa mère avaient fui le racisme avec sa petite sœur et son petit frère de couleur. Ici, il a découvert un peuple, une langue, des cultures pour lesquels il avait un profond respect et une grande admiration. Comme nous tous, il aimait Daniel Waro, Ziskakan, Nicole Dambreville et tant d’autres artistes réunionnais. Mais contrairement à nous, il ne s’est pas contenté de les apprécier. Il a organisé le premier festival des jeunes de l’Océan Indien en 2000.
Au détriment de ses études, il se battait pour que la culture vive sur le campus et dans le cœur des jeunes, c’était presque une vocation. Il voulait que les étudiants ne soient plus seulement des spectateurs mais qu’ils deviennent les acteurs de leur vie. À sa manière il était un acteur culturel, et ce théâtre au milieu du campus, pour lequel il avait milité, ce théâtre achevé et inauguré l’année de sa disparition, n’aurait pas pu porter un autre nom que le sien.

Il se battait aussi pour dépasser les conditions de sa naissance : naître sans un sou, n’avoir pas ou peu connu de père, quitter son pays, ses amis, tout reconstruire. Ce n’est pas un hasard s’il avait créé l’ARACE (Association réunionnaise pour l’amélioration des conditions de vie des étudiants). Il avait décidé de bannir le racisme et le sectarisme de son univers et c’est aussi pour cela qu’il aimait tant La Réunion.

Il est parti bien trop tôt mais son combat ne restera pas vain. Tous ceux qui l’ont connu garderont en eux cette force de croire que La Réunion est un pays où tout le monde a sa place qu’il soit blanc, noir, natif ou étranger, qu’il soit riche ou pauvre, bien né ou pas.

Pour Vladimir
Julie


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