Di sak na pou di

Droits des femmes : attention au souffle de la régression

Témoignages.re / 8 février 2014

Pourquoi tant de haine vis-à-vis des revendications féminines sur leur droit à disposer de leur corps et par conséquent de leur maternité ? C’est je crois la question à se poser. Les hommes eux, ont toujours eu le privilège de féconder leurs partenaires, il ne leur a jamais été demandé de faire attention pour ne pas les mettre enceintes. La femme peut donner la vie, elle a cette capacité merveilleuse de porter un enfant pendant neuf mois, l’homme n’a dans cette histoire qu’un rôle de "fécondeur" et je pense que c’est une frustration masculine.

Depuis le début de l’humanité, on voit les femmes réduites à un devoir de mère, donc de reproduction, et les hommes être cueilleurs, agriculteurs, chasseurs… Au Moyen-Age, les chevaliers qui partaient en croisade voulaient déjà régir le corps de leur épouse et la ceinture de chasteté devait empêcher la châtelaine de concevoir un enfant sans la participation de son seigneur et maître.

Ce sont toujours les femmes infidèles qui sont atrocement châtiées sous beaucoup de latitudes, les hommes peuvent avoir en toute impunité des relations sexuelles avec n’importe quelle femme.
Ce ne sont jamais eux qui seront lapidés, torturés ou assassinés. En France, l’avortement était considéré comme un crime sous la pression de l’église catholique et les femmes qui le pratiquaient clandestinement, appelées « faiseuses d’anges », étaient passibles de la peine de mort. La dernière victime de la guillotine pour avortement fut Marie-Louise Giraud, exécutée le 30 juillet 1943, sous le régime de Pétain. Claude Chabrol à partir de cette tragédie a réalisé en 1988 un film admirable : « Une affaire de femmes » avec Isabelle Huppert. Toute l’hypocrisie de la société y est révélée. Les femmes du peuple qui ne veulent pas être enceintes, parce que leur vie misérable ne leur permet pas d’avoir un enfant supplémentaire, ont recours à des faiseuses d’anges ou se mutilent elles-mêmes avec des objets pointus, des aiguilles à tricoter ou avalent des mixtures infâmes censées les faire avorter. Les riches, elles, vont en Suisse dans une clinique aseptisée, en toute sécurité.

Le député gaulliste Lucien Neuwirth, bouleversé par des drames de la misère, demande le libre usage des contraceptifs en décembre 1967. La députée Simone Veil allie lucidité et courage politique pour mettre fin à une situation intolérable : le 17 janvier 1975, elle fait voter malgré de nombreuses réticences la loi qui autorise l’interruption volontaire de grossesse (IVG), qui rembourse les contraceptifs et autorise les mineurs à y avoir recours sans autorisation des parents. Les adolescentes et les très jeunes femmes de 2014 qui prennent la pilule chaque jour ne sont pas forcément au courant de toutes les souffrances endurées par leurs sœurs aînées avant 1975, de toutes les humiliations subies par celles qui ne pouvaient décider en toute connaissance de leur grossesse. Rien n’est jamais acquis et la lutte des femmes est un combat incessant. Regardez ce qui se passe en Espagne et en Inde en ce moment. Ce sont toujours les droits des femmes qui sont rognés, amputés, discutés sous prétexte de grands principes. Où est le respect de ces droits dans tout ça ? Au Brésil, il y a un ou deux ans une fillette s’est fait violer, elle était enceinte. L’église brésilienne a excommunié la mère et le médecin qui a pratiqué l’avortement de cette petite victime… Le viol n’est même pas considéré comme un crime par certains intégristes.

Les manifestants de tous bords qui défilaient dimanche 2 février veulent maintenir les femmes dans une dépendance vis-à-vis des hommes, le pouvoir qu’elles ont de faire ou non un enfant doit être régenté par le mâle tout puissant, la religion, les bien-pensants, les réactionnaires… Dans ces manifs, il y a aussi des femmes qui font leurs ces soi-disant défenses de la famille.
Personne n’empêche une mère d’avoir une multitude d’enfants ; pourquoi vouloir imposer une version rigide de la maternité ? Dans ces grands défenseurs de la vie, il y a souvent des partisans farouches de la peine de mort mais l’incohérence ne les dérange pas plus que ça. Il est bon de rappeler qu’un enfant non désiré est souvent un enfant mal aimé et malheureux toute sa vie.

L’IVG n’est pas un moyen de contraception, c’est une évidence mais il faut une pédagogie et l’éducation sexuelle est loin d’être enseignée de façon convenable, les centres de planning familial qui ont un rôle essentiel dans la formation des jeunes ferment au lieu de se multiplier. 150 ont été supprimés en France. Les périodes de crise engendrent des extrêmes, ce que nous voyons en ce moment.
Les extrémistes sont dangereux pour la démocratie, nous devons tout faire pour que nos avancées sociales et sociétales ne soient pas balayées par le souffle de la régression.

 Marie-Hélène Berne 


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