Di sak na pou di

Du Mali à Mayotte « Chassez le naturel, il revient au galop ! »

Témoignages.re / 12 avril 2012

Le Mali, mal à l’aise dans ses frontières artificielles héritées du découpage colonial, au mépris de ses réalités culturelles, se retrouve aujourd’hui quasiment envahi par des extrémistes, prêts à installer de nouvelles coupures bafouant son patrimoine.
A Mayotte, la stratégie, contestée internationalement, de séparer notre voisine de son archipel comorien, et relégitimée par sa récente départementalisation, entraîne aujourd’hui de graves disfonctionnements humains, bien analysés par les deux président(e)s des Conseils Généraux de Mayotte et de La Réunion à l’occasion de la visite d’un candidat à l’élection présidentielle. Ils ont constaté courageusement que la posture isolationniste ne pouvait durer. Le pouvoir, héritier de cette histoire, fait malheureusement payer aux Comoriens et aux contribuables français le coût de l’immigration clandestine secrétée par son propre héritage post colonial (25 000 reconductions par an représentant un budget de 50 millions, sans compter les morts…). Il fait payer aussi aux Mahorais le prix de leur confiance aux promesses de la départementalisation, dont ils ne découvriront tous les bienfaits supposés que dans 25 ans ! Français à part entière, qui peut donc les empêcher de venir s’implanter à La Réunion pour toucher 475 euros de RSA alors qu’il se situe chez eux entre 30 et 105 euros.
Dégâts humains provoqués par ce nomadisme, cet éloignement de leur territoire de vie et de leurs relations, privant en même temps leur « pays » de leurs énergies pour son développement.
Comment des technocrates gouvernementaux ont-ils pu ignorer les dégâts collatéraux d’un traitement différentiel dans deux territoires français situés à deux heures d’avion ! Sauf à nous jouer un mauvais tour !
Cette réalité vécue aujourd’hui est le résultat d’une longue histoire des stratégies politiques et économiques construisant de par le monde des murs de la Honte et de perpétuelles lignes Maginot, réduisant ou interdisant la libre circulation.
Les conquérants, les militaires, les douaniers, puis les policiers ont réussi à faire triompher la frontière-obstacle sur la frontière-contact (à l’extérieur comme à l’intérieur).
La Belgique souffrira encore longtemps de sa création artificielle, et on va même jusqu’à ré-imaginer des guérites aux postes frontières dans l’espace « Schengen » ! (sans parler des charcutages de circonscriptions électorales…).
Oui, Madame Nassimah Dindar a raison d’affirmer qu’ « aider Mayotte c’est aider La Réunion » ne pouvant renier notre géographie et notre propre histoire.
L’Association pour la Démocratie Locale à La Réunion et dans l’Océan Indien (ADELROI) souhaite, à côté de la COI, la création d’une « Commission citoyenne alternative et intelligente de l’Océan Indien ». C’est à un tel niveau que nous pourrons avancer dans une logique de démocratie et de projet partagé à négocier avec l’Etat, bien au-delà de la logique formelle de compétence institutionnelle et bureaucratique, qui préside encore aux rapports entre les départements d’outre-mer et la mère patrie.
A l’heure de « l’Europe des Régions » revendiquons ensemble que notre région, l’Océan Indien, n’est pas ultra périphérique mais ultra-proche.
On ne peut pas dire que les candidats visiteurs aient été très transparents sur cette question de fond.

Marc Vandewynckele




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