Di sak na pou di

Du nombril « aterla » à l’horizon du monde

Témoignages.re / 31 décembre 2012

Au moment où l’avant-projet de loi de décentralisation et de réforme de l’action publique projette d’installer « un Haut Conseil des territoires », des pactes de « gouvernance territoriale » , l’ouverture aux citoyens d’un « droit de pétition », et poussant encore plus loin l’intercommunalité, chacun peut s’interroger sur le rôle de la commune. Le récent courrier de Jules Bénard « Rivièrois ou Saint-Louisiens, ils s’en foutent » est à lui seul une page d’histoire des micro-territoires de vie réunionnaise aux « personnalités nettement affichées ». « Dès que l’on franchit la limite nord de Saint-Louis, on est en pays différent… ce qui n’a jamais empêché ces populations de faire route solidaire » , dit-il.

On comprend alors sa tristesse face à ces habitants du lieu qui refusent de choisir leur destin communal, alors qu’ils sont là, « aterla » (le nombril lé enterré là même).

Il faut bien sûr saluer la démarche saint-louisienne, en espérant qu’elle sera suivie par d’autres communes, dont la taille a fait perdre malheureusement l’extrême variété des « terroirs » au profit de découpages et tronçonnages facilitant la gestion publique, et compliquant la vie personnelle, familiale et active des “administrés”. Ce ne sont pas les « guichets uniques » qui reconstruiront le tissu social déchiré.

La déception ressentie par Jules Bénard l’honore, mais faut-il en vouloir aux habitants à qui on ne fait appel à leur citoyenneté que lors des élections, sans jamais pouvoir afficher la personnalité de leur micro-territoire de vie, comment ils contribuent avec tous les autres à la construction de la comm(e)une. Depuis des décennies, la sphère politico-technique descend avec condescendance vers les “petits” territoires qui la composent, stérilisant de ce fait bien des initiatives locales, alors que la décentralisation devrait être de remonter du bas vers le haut, en permettant aux quartiers de bien vivre ensemble, tout en dépassant leurs frontières.

Passer du local au global : du quartier à la commune, de la commune à l’intercommunalité, de celle-ci à la Région (associée au Département), de celle-là à toutes les îles de l’océan Indien, vers la planète entière.

Une autre vision de la mondialisation dépassant la coexistence forcément sujette aux conflits vers la coopération, où les niveaux logiques sont respectés et articulés entre eux dans le temps et dans l’espace.

Aurions-nous oublié à La Réunion comme ailleurs que le niveau fondamental, c’est l’homme « aterla » à partir duquel lui, elle avec sa famille, tous les autres niveaux s’emboitent ?

Y aurait-il alors de nouveaux modes de gestion des territoires ?

Marc Vandewynckele


Kanalreunion.com