Di sak na pou di

Du Souverain Pontife au Serviteur des Serviteurs de Dieu

Témoignages.re / 21 février 2013

En renonçant à ses fonctions de chef suprême de l’Église romaine, en raison de son âge et de son état de santé, le Pape Benoît XVI n’a fait que prendre une sage décision, mais il a créé du même coup la surprise tant l’événement dans l’histoire de la papauté n’a quasiment pas de précédent et il a provoqué un flot ininterrompu de commentaires, de louanges, de critiques, et surtout de spéculations sur son prochain successeur. Les mêmes réactions qui accompagnent le retrait ou la disparition d’un empereur ou d’une impératrice, d’un roi ou d’une reine, d’un prince ou d’une princesse, bref, d’un grand de ce monde.

Car, de toute évidence, le "Serviteur des Serviteurs de Dieu", selon la belle appellation de la Constitution apostolique qui présente le Catéchisme catholique, a toujours été considéré, depuis longtemps déjà, comme un véritable chef d’État, ici celui d’un État modeste, il est vrai, le Vatican, mais avec tout l’apparat et tous les honneurs dus à son rang. Comme il est loin le temps quand, de retour dans la maison, Jésus demandait à ses disciples : « De quoi discutiez-vous en chemin ? ». Eux qui avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand... « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous », leur avait-il déclaré. Une autre fois, les ayant appelés autour de lui, il leur dit encore : « Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les commandent en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous ; au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur et celui qui voudra être le premier parmi vous sera l’esclave de tous. Aussi bien, le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir... ».

Voilà qui est très clair, et ce que l’Église, dans sa hiérarchie, n’a jamais voulu réellement entendre tant elle reste attachée au rite, au dogme, à l’institution. C’est qu’elle n’est jamais sortie tout à fait du grand revirement opéré il y a plus de dix-sept siècles sous l’empereur Constantin quand elle est devenue la religion officielle de l’Empire romain ; ainsi a-t-elle tardé à condamner, et avec suffisamment de force, les crimes et les horreurs de l’Inquisition sans en tirer toutes les leçons, comme elle a couvert plus d’une fois les abus et les cruautés de tant de dictatures, sans parler du silence assourdissant du Vatican pendant la Seconde Guerre mondiale... Dans la longue lignée des papes, un seul a osé revenir délibérément à la source de l’Évangile en ouvrant toutes grandes les portes de l’Église, c’est Jean 23. Les bonnes âmes qui, à l’occasion du retrait de Benoît XVI, font leurs propositions pour "réorienter" l’Église selon le souhait du Pape sortant devraient largement s’inspirer du Concile Vatican 2, pour que « le message de liberté du Christ “ne soit plus” rejeté par l’Église, au nom de la faiblesse humaine afin d’asseoir son pouvoir », comme l’a fait remarquer Frédéric Lenoir, le directeur du Monde des religions. Alors seulement le nouveau pape pourra quitter ce titre anti-évangélique de Souverain Pontife pour celui plus approprié de Serviteur des Serviteurs de Dieu !

 Georges Benne 


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