Di sak na pou di

Economique et social ; dedan et deor ; le binaire qui tue

Témoignages.re / 16 novembre 2012

Ce n’est pas la première fois que cette pièce a été jouée. On se souvient d’un jour déjà lointain à Champ Fleuri !

Il y a donc bien une faille dans le système, déjà détectée par Keynes dans « la lettre à ses petits-enfants ». « Faute de savoir employer la liberté arrachée aux contraintes économiques, nous serons confrontés à une dépression nerveuse collective ».

Economique et social ? On ne s’est déjà pas mis d’accord sur le sens des mots. Pour faire simple dans la tête de beaucoup de petits et de gros, l’économie, c’est ce monstre pourri par le financier et une certaine mondialisation ; le social, c’est le grand réparateur ou colmateur des brèches produites par l’économie, dans lesquelles s’engouffre le politique en miettes, car il n’est plus là pour donner le sens face à cette double vision du monde. Le Conseil régional est réduit à la gestion du développement économique (entre autres) et le Conseil général est réduit à la gestion du social (entre autres) sans que cela inquiète l’État, réduit lui-même à la gestion des gros sous en direction des collectivités territoriales, malgré son envie de mieux décentraliser.

Ce trio, dit « politique », n’a évidemment que faire des corps intermédiaires : syndicats ignorés, associations oubliées, citoyens bons à voter ! Et à part deux partis de gauche, silence dans les rangs, sauf pour congratuler ou s’opposer systématiquement au pouvoir en place.

Pourquoi alors devrions-nous nous étonner qu’il y ait eu un « dedan » techno-structurel en chambre, et un « deor » humain, social dans le sens de la vie en société, celui des forces vives, seules à même de concevoir un développement réunionnais.

Dès lors, ou bien nous continuons ce conflit permanent des antagonismes, engendrant un nouveau cycle de violence, ou bien nous remettons les pendules à l’heure réunionnaise du causement, de la démocratie, qui est selon Edgard Morin « l’union de l’union et de la désunion », de la couture, du tissage, du tricotage. « Lorizon Kassé »  ?, interroge le leader du groupe Baster en 1992. Non, « lèr larivé pou nou panse en Rényoné ».

Ce qui peut nous ré-unir, c’est d’introduire, dans ce binaire qui tue, un troisième élément : l’éducation et la culture qui nous renvoient aux fondamentaux du développement, à la vraie vie à La Réunion : la liberté, l’esprit critique, la transmission intergénérationnelle, à partir de la famille, l’écologique, l’échange et le don, la solidarité à la source de l’économie.

Mettons entre parenthèses le PIB (Produit intérieur “brut” !). Inventons notre PIT (Produit intérieur total : intérieur, c’est-à-dire Réunionnais ; total dans le sens exprimé ci-dessus) « par la transformation conjointe de chacune des composantes de la contradiction » comme l’exprime bien l’ancien journaliste Emmanuel Cazanove dans le “Manifeste pour une pensée créole réunionnaise”.

Aussi, la proposition préfectorale de construction d’un « schéma régional du développement économique » est à retenir, à la condition de le réarticuler au développement social, éducatif et culturel, afin que toutes les parties prenantes puissent s’exprimer. Toutes dedan !

Marc Vandewynckele


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