Di sak na pou di

Education – santé : questions ouvertes aux parlementaires

Témoignages.re / 15 février 2013

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Frédéric Paulus et Bruno Gavarri proposent la création d’un Ministère de l’Éducation et de la Santé de l’Enfant, chargé de recevoir les cultures parentales qui feraient le lien entre éducation et santé.

L’actuel gouvernement ambitionne de refonder l’école par la voie législative. Sans faire preuve de pessimisme, il est pour nous évident qu’il se confrontera, si ce n’est déjà fait à des « pesanteurs » psychosociologiques dont il serait arbitraire et surtout superficiel d’en circonscrire, dans leur ensemble, les innombrables arcanes.
Avant toutes « refondations » limitons-nous à deux termes qui mériteraient un débat de fond aux seins des assemblées parlementaires. Education et Santé.

Selon deux significations généralement admises éduquer signifie : élever, nourrir, former, ou bien tirer hors de, faire sortir, conduire dehors. Ces différences sous-tendent deux conceptions de l’éducation qui devraient être complémentaires. Le modèle dominant en Occident s’inspire grandement de la première conception illustrée par la métaphore de « La tête bien pleine ». Dans ce contexte les acteurs de l’éducation devraient être en premier lieu les parents. Dans le système dit « éducatif » administré par l’actuel Ministère, à partir du cours préparatoire l’enfant s’inscrit dans un processus formatif dominant suivant la première conception de l’éducation. Les parents pourraient être supposés pratiquer une éducation à l’expression, à la conduite « hors de », à la découverte de l’enfant par lui-même et en lui-même et initialement pour lui-même, illustrée par la métaphore « Une tête bien faite ». Les parents semblent pratiquer (majoritairement) une éducation pragmatique (sorte de socialisation, quelque fois arbitraire, culpabilisatrice ou parfois violente), qui attribue une valeur pratique en fonction des résultats obtenus (politesse, propreté, docilité, soumission, responsabilisation précoce, obligation voire acharnement à la réussite scolaire...).

Ne pouvant pas comparer ce que pourrait donner une éducation qui valoriseraient d’autres valeurs (joie, gaieté, curiosité, plaisir d’agir, confiance en soi, plaisir d’apprendre de l’enfant, générosité, capacité de nouer des liens de camaraderie etc.) et sans possibilité de se référer à la méthode comparative de groupes dits « témoins », les parents disposent de possibilités restreintes de se questionner fondamentalement. Certains ne se livrent à ce questionnement que lorsque l’éducation ou la santé de leur enfant pose problème, l’éducation selon la première conception supplantant la deuxième. Pardon pour ces analyses qui mériterait certainement quelques nuances. Notre propos n’est pas de culpabiliser mais d’aider à la recherche des voies permettant de susciter des prises de conscience.
Le terme de santé quant à lui mériterait le même « traitement » critique. Le rapport dit « de Bernis » dans les années 80 avait avancé une définition de la santé que nous avons plaisir à rappeler : la santé serait liée « au plaisir d’agir dans un environnement engendrant un rapport actif avec celui-ci ».

Les ARS sont devenues récemment des Agences Régionales de Santé, titre se substituant aux Affaires Sanitaires et Sociales sans que ce changement ait pu faire l’objet de débats aux seins des assemblées parlementaires. Cette dénomination constitue tout autant un autre fourvoiement sémantique. On pourra objecter qu’une des missions ayant conduit à la création des ARS seraient les études épidémiologiques permettant de baser les différentes stratégies de prévention. Signalons à ce sujet que les actions de préventions ne représentent que 2,5% du budget du Ministère de la Santé (1) . Cependant reconnaissons que la santé des enfants, hormis une surveillance médicale ponctuelle par l’intermédiaire du « carnet de santé », et des consultations dans les services de PMI ou auprès de pédiatres en libéral, est fondamentalement promue par les parents.
La puissance publique dans son manque d’ouverture et de générosité semble-t-il, a occulté cette évidence de la part parentale dans notre système de santé. Au Québec, le système de santé communautaire aborde cette réalité en créant une dynamique de centres locaux de santé communautaire que tout parent peut consulter dans une approche pluridisciplinaire. En France seule l’initiative d’accompagnement des parents, dite « REAAP », tient lieu d’une politique d’Accompagnement des Parents , actuellement basée sur une délégation confiée aux CAF (Caisses des Allocations Familiales) sans grands moyens financiers, qui a tout de même le mérite d’offrir quelques lieux d’écoute aux parents !

Potentiellement cet accompagnement existe déjà sous la forme de 10 séances de surveillance de la grossesse promue par des sages-femmes. Ensuite plus rien n’est prévu ! Après la naissance les parents se retrouvent (« seuls ») avec leur enfant et avec les multiples questions et craintes que suscite l’arrivée au monde de leur enfant. Ni la puériculture, ni la psychologie du bébé et du jeune enfant ne font l’objet de programmation de diffusion aux seins des sphères de transmission du savoir ? Pourquoi cet oubli ?
Nous préconisons : La création d’un « Ministère de l’Education et de la Santé de l’Enfant » chargé de recevoir les cultures parentales qui feraient le lien entre éducation et santé selon une approche incluant les parents sans fixer de normes a priori, mais au contraire de promouvoir des forums et débats contradictoires sur les besoins des enfants, dans tous lieux propices à la diffusion et aux questionnements d’informations. Pas d’école de parents, des forums ! Il ne s’agit pas d’envoyer les parents dans une quelconque école. Du « neuf » avons-nous dits ! Fondamentalement, le « neuf » viendrait de l’élévation collective de nos connaissances sur le vivant et donc sur l’éveil sensoriel et affectif de l’enfant. Il s’agit de voir l’enfant avec un regard neuf ! Ce serait la tâche essentielle de ce ministère. Il anime plus qu’il n’administre. Il s’équipe de chargés de mission, véritables animateurs, chargés de créer les conditions d’ouvertures des esprits et des institutions favorisant l’évolution de cultures parentales, voire l’éclosion de nouvelles cultures éducatives.
Concomitamment, l’actuel Ministère de l’Education retrouverait son titre de Ministère de l’Instruction Publique se recentrant sur sa noble mission d’enseignement et le Ministère de la Santé deviendrait le Ministère des Affaires Sanitaires et Sociales, retrouvant une certaine humilité face à la santé car celle-ci est grandement engendrée au sein du cadre familial.

Frédéric Paulus et Bruno Gavarri,
Saint-Denis

(1) André Grimaldi et Olivier Lyon-Caen, « Définir un nouveau système de santé : une urgence », Pour la science, N° 414, avril 2012, pp 44à 50.


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