Di sak na pou di

Eduquer et exclure

Radjah Veloupoulé / 29 juillet 2017

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« La famille est la cellule primaire de l’exploitation humaine ». La première phrase de « Se libérer du connu » de Krishnamurti, n’a rien perdu de son actualité. Cette affirmation du penseur indien, provocante, a été écrite en 1932, alors qu’il quittait l’organisation qui voyait en lui le futur instructeur de l’humanité.

Tous les ouvrages de cette figure spirituelle inclassable, traitent du nécessaire déconditionnement de l’humanité pour accéder à une maturité suffisante, pour envisager une société nouvelle. L’être humain, de la naissance à la mort, subit l’influence de différents cercles d’appartenance, en premier lieu, la famille. C’est à l’intérieur de cette cellule, que se développent les premiers réflexes qui vont déterminer l’aptitude à vivre en société. Or, quels sont les principes guidant cette éducation de base ? Chacun est-il réellement conscient des valeurs inculquées ? Sait-on comment les choix opérés vont déterminer une existence qui reproduira exactement les mêmes comportements, attitudes, et façons de penser ? Est-on lucide qu’un seul individu porte en lui la totalité des jugements et décrets hérités de ses parents ?

Krishnamurti constate que la séparation, l’exclusion, la sectarisation, la violence psychologique, sont inoculés dès l’enfance, par les différenciations de races, de couleurs, de classes sociales, de religions, de valeurs, qui tous conduiront à une société de discrimination organisée et à un adulte dévasté par la peur de l’autre.

Cela vous semble trop théorique ? Voici quelques exemples vécus, qui interpelleront certains :

« Mon enfant n’ira pas à l’école publique, car il fréquentera des Comoriens et des Mahorais », « Ma fille ne prendra pas le bus à La Reunion car c’est sale ici, en Metropole c’est propre » ou encore « Ton père habite dans un logement social, c’est un SDF ».

Quel sera, selon vous, le devenir d’un humain qui entend et vit cela ? Plus largement, la société réunionnaise est fragile et tous, ici, vivons dans un équilibre précaire. Prenons conscience, en lisant des auteurs comme Krishnamurtiou. Frantz Fanon, qui dans « Peau noire, masques blancs », décrit sous bien des aspects, la réalité de notre quotidien. Ecoutons la voix de l’universel, ne succombons pas aux sirènes de la division. Tentons l’être humain total, réconcilié aves toutes les dimensions de ses origines indiennes, africaines, chinoises, européennes, et insulaires (nos frères mahorais, comoriens, malgaches, et Autres). Ne sacrifions pas notre âme sur l’autel de l’ignorance.

L’enfance est un pays magique dont on ne revient jamais.

Radjah Veloupoulé


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