Di sak na pou di

Eid ul Fitr… et avenir !

Témoignages.re / 30 août 2011

À vous, musulmans de La Réunion, je souhaite de joyeuses célébrations de l’Eid-ul-Fitr ! Le ramadan est terminé. Pendant un mois vous avez porté une attention soutenue à la prière, au partage et au jeûne pendant la journée. Que le Très-Haut bénisse les efforts que vous avez consentis afin qu’ils portent les fruits spirituels escomptés pour vous-mêmes, pour vos familles, pour notre société réunionnaise dont vous êtes membres à part entière.
Dans le monde, des conflits d’intérêts engendrent des guerres. Localement il y a trop de violences, y compris dans les familles. Quand les situations économiques se dégradent, le tissu social se fragilise. Il est de plus en plus difficile d’avoir prise sur les réalités quotidiennes. Et pourtant, nous ne pouvons accepter ni le fatalisme ni la violence destructrice. Nous avons à rejeter aussi les simplismes d’une opinion mondiale où musulmans = terroristes islamiques et antidémocratiques, où chrétiens = païens antimusulmans et guerriers.
Le monde bouge et nous avons à tirer les leçons de l’Histoire pour vivre en personnes responsables avec des comportements raisonnables, justes et religieux (cf. st Paul). Il y a plusieurs filons dans l’Islam ainsi que dans le Christianisme. Il n’est pas question de créer des amalgames, de nier nos différences et nos tensions. Mais quand nous allons au cœur de chaque grande tradition religieuse, nous sommes appelés à vivre nos valeurs spirituelles respectives et à les partager comme une nourriture intérieure. Cela consolide les personnes, les ouvre les unes aux autres et contribuent à l’humanisation de la société en créant du sens. Avec tous les êtres humains, nous partageons l’appel de la transcendance. Et nous, croyants, nous sommes convaincus que « Dieu fait notre route » (cardinal Tauran).
La Réunion n’a pas fini de mériter son nom à partir des progrès déjà accomplis et de l’intégration de tous les citoyens, quels qu’ils soient, au sein de la République. « Ceux qui croient au ciel », dans les diverses religions, ont une responsabilité particulière pour développer la dimension spirituelle de la personne humaine et ouvrir l’horizon à l’espérance. Dans un monde à tendance matérialiste où les égoïsmes règnent en maître, où l’individualisme sape la responsabilité, où la jouissance à n’importe quel prix devient la règle, la transmission des valeurs humaines et morales aux jeunes générations constitue pour nous une préoccupation commune. Les jeunes ont envie de vivre. Mais est-ce que nous leur donnons la possibilité d’avoir les moyens de vivre ? Et quel sens à leur vie ?
Les uns et les autres, nous avons toujours à travailler à la cohérence entre ce que nous proclamons et ce que nous vivons. La règle d’or est de toujours respecter la vie, de tout faire pour la « faire réussir », de ne pas faire aux autres ce que nous ne voulons pas que les autres nous fassent. Il est important de nous inscrire contre toutes les formes de fanatisme et d’intimidation. Il s’agit aussi de dissiper les préjugés, de ne pas répondre à la polémique par la polémique. Dans la recherche de cohérence, il nous appartient de « faire découvrir qu’il y a le bien et le mal, que la conscience est un sanctuaire à respecter, que cultiver la dimension spirituelle rend plus responsable, plus solidaire, plus disponible pour le bien commun » (cardinal Tauran).

Monseigneur Gilbert Aubry


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