Di sak na pou di

Enseignement républicain ou monarchique ?

Georges Benne / 6 mai 2016

« Il y a un enseignement monarchique, j’entends un enseignement qui a pour objet de séparer ceux qui gouverneront de ceux qui ignoreront et obéiront. » (…) Et nous nous croyons bons démocrates, parce que nous choisissons, sans avoir égard à la naissance ni à la richesse. Comptez que toute monarchie et toute tyrannie a toujours procédé ainsi, choisissant un Colbert ou un Racine, et écrasant ainsi le peuple par le meilleur de ses propres forces. » (…) Que faisons-nous maintenant ? Nous choisissons quelques génies et un certain nombre de talents supérieurs, nous les décrassons, nous les estampillons, nous les marions confortablement, et nous faisons d’eux, une aristocratie d’esprit qui s’allie à l’autre, et gouverne tyranniquement au nom de l’égalité, admirable égalité qui donne tout à ceux qui ont déjà beaucoup ! »

Cette constatation du philosophe Alain, nous pourrions la reprendre un siècle après, et même en pire.

« Les dernières années n’ont pas été bonnes. Les classements internationaux sont inquiétants (cf les résultats de l’enquête Pisa sur le « suivi des acquis des élèves ») Et surtout, l’échec scolaire, inacceptable, une forme de scandale, un incroyable et inadmissible gâchis national : 150000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification ni diplôme, des inégalités sociales parmi les plus fortes des pays industrialisés et qui s’accroissent, des performances en lecture et en mathématiques qui régressent, près de 40 % des élèves qui arrivent au collège avec une trop faible maîtrise de la langue écrite. Il y a là une grave injustice et une plaie pour notre démocratie (…). Non l’échec scolaire n’est pas une fatalité ! Non, la performance des uns ne se nourrit pas forcément du recul des autres ! (…) Les raisons de l’ampleur de l’échec scolaire en France sont ailleurs, dans cette “machine à trier” qu’est devenue notre École. »

Voilà ce que dénonçait avec force le candidat François Hollande dans un discours qu’il avait prononcé à Orléans en février 2012. Mais rien n’a vraiment changé depuis son élection à la présidence de la République. Je saisis l’occasion de ces « journées de la refondation », où l’on a vu se rencontrer les trois ministres de l’Éducation Vincent Peillon, Benoit Hamon et Najat Valaud-Belkacem, pour rappeler à mon tour que le système éducatif dépend du système politique et que l’on ne peut réformer l’un sans réformer l’autre. Si l’on veut lutter contre les effets pervers de la pensée unique qui trouve sa source dans la mondialisation financière alors il ne nous reste qu’un seul moyen : apprendre à lire. Oui, « apprendre à lire, et aussi apprendre à penser, sans séparer jamais l’un de l’autre » comme le disait fort justement Alain.

La priorité des priorités des Pouvoirs publics consiste donc à concentrer tous leurs efforts en vue de donner à chaque enfant le goût de la lecture, le plaisir de lire. « Rien n’est trop beau pour cet âge » , disait encore Alain.

Georges Benne


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