Di sak na pou di

Entre deux maux…

Témoignages.re / 11 mars 2013

Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Et le moindre, c’est de sécuriser sans délai les ponts emblématiques du suicide réunionnais. Je m’adresse à l’intelligentsia (sic) de notre île. En particulier aux trois capitaines qui pilotent le navire “Réunion”, cette galère aux 840.000 rameurs. Mme Dindar, M. Marx et M. Robert. Et j’y ajoute Mme Rouland-Boyer pour la sécurité routière.

Ces personnes exercent leurs talents derrière les grilles de la République qui les protègent des assauts d’une populace avide de justice et d’équité. Pas de grilles possibles sur les ponts ! Mais, derrière leurs grilles, ces responsables (re-sic) viennent de faire une démonstration magistrale de “renvoi de balle” à propos de la sécurisation des ponts. Pendant ce temps-là, les drames se succèdent. Résultats de situations sociales difficiles et de harcèlements subis au travail sous-estimés par les actions de prévention.

Rien que sur le pont du Bras de La Plaine, quatre décès depuis début 2013. Quatre décès, mais combien de vies brisées ? Les proches, les collègues, les orphelins se comptent par dizaines. Plusieurs centaines de vies brisées chaque année. Or, il est reconnu que les facilités offertes par ces ponts pour passer à l’acte pourraient aisément être supprimées par des mesures simples.

En quelques jours, pose de grillages rigides de 2 mètres de haut sur les 2,5 km de garde-corps mal conçus sur les 5 ponts (Bras de La Plaine, Vinh San, Trois-Bassins, 2 sur la rivière de l’Est). Au détail, 42 euros les 2,5 mètres. Remises possibles pour les grosses commandes !

Bien sûr, on peut se retrancher derrière des procédures juridico-administratives, mais là, nous sommes devant une urgence vitale, et quitte à encourir des pénalités financières, il faut agir sans barguigner. Les administrations prennent facilement des libertés avec les textes en vigueur (constructions illégales, pour ne citer qu’un exemple de notoriété publique… lire le rapport annuel de la Chambre régionale des comptes pour découvrir le panorama de tous les errements possibles).

Mme Rouland-Boyer est plus spécialement chargée de la sécurité routière. Je voudrais l’interpeler pour lui faire observer que ces suicides effectués à partir de ponts routiers relèvent de sa responsabilité. Certes, les victimes directes ne sont pas comptabilisées dans les “tués” de la route puisque les suicidés n’ont pas la mauvaise idée de se jeter sous les roues d’un véhicule. En effet, pour être “tué” sur la route, il faut qu’un véhicule soit impliqué : ainsi vont les définitions statistiques ! Quant aux victimes collatérales, on les oublie vite, mais pourtant, elles restent victimes pour le restant de leurs jours.

L’administration préfectorale sait prendre des mesures de sauvegarde quand il le faut : barrières anti-émeutes, gardes mobiles… Elle peut montrer son savoir-faire en sécurisant ces points noirs du réseau routier. Ainsi seront économisés les coûts exorbitants des nombreux hélitreuillages nécessités par ces suicides par saut qui stressent sauveteurs et familles. (…).

Charles Durand

Le Brûlé – Saint-Denis


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