Di sak na pou di

Et lorsque les Dieux désertent nos temples …

Lettre ouverte a qui de droit

Témoignages.re / 12 janvier 2012

« Si tu veux te faire un nom, détruis tout ce que
les autres auront édifié avant toi, afin de triompher
par la brutalité, du génie qui te manque ». [1]

Il ne se passe pas une semaine sans que ne se produisent dans les temples indo-tamouls de l’île d’exécrables guerres fratricides de pouvoir, la plus grave offense faite à Dharma, l’éthique qui sous-tend chaque action sociétale de l’hindou.
Nous sommes nombreux à appartenir à cette génération qui s’est attachée à promouvoir un renouveau culturel tamoul et religieux hindou à La Réunion depuis ce 13 avril 1968 qui a vu l’avènement du premier club Tamoul de l’Ile et ce mois d’août 1971, la Fédération des temples tamouls et culturels.
Notre consternation est immense face aux lamentables spectacles que nous donnent à voir ces hommes du temple.

Observer sans œillère cette réalité, c’est mettre à jour les sombres motivations souterraines de nombre d’entre eux ; à l’évidence elles résident dans l’ardeur aussi opiniâtre qu’aveugle à vouloir, par la captation d’une digne fonction, s’arroger un statut social, un tremplin, une posture d’honorabilité, avec souvent pour comble corollaire, un regard appuyé et intéressé sur les « OUNDI », l’équivalent des « TRONCS ». Qu’a-t-on donc fait du Désintéressement, de l’Abnégation, de la Responsabilité qu’ont porté si haut si loin, nos aînés. Désormais ces vertus là s’effacent sans égard devant l’ambition dévorante de ceux, plus habiles à se porter et à se maintenir en poste ou à en faciliter l’accès à leurs descendants ou collatéraux.

Est-ce afin d’assurer la pérennité de telles hégémonies qu’on s’obstine à développer une stratégie de maintien de nos coreligionnaires dans une sûre ignorance de l’Hindouisme et de ses multiples rituels, alors que dans le même temps partout ailleurs, d’autres traditions ou religions investissent le champ de la Connaissance pour extraire leurs fidèles des obscurantismes ?
La question est posée à tous avec gravité.

Et pourtant nous sommes plusieurs à avoir maintes fois demandé que nos temples consacrent une modeste part de leurs substantiels subsides, à l’accès aux savoirs pour les jeunes générations, entre autres… en vain. Bien au contraire le temps est voué à gommer ce qui a été… Ce temps compté et précieux, se perd dans l’acharnement à détruire avec une avidité féroce et l’argent des trop candides fidèles, tout ce que les prédécesseurs ont bâti ; comme pour poudrer l’incurie ambiante ou espérer immortaliser leur insignifiance et éphémère passage.

Peut-on encore croire que les Dieux soient empressés de visiter ces lieux bondés de désordre ?
Mais le plus grave est à venir, en poursuivant leur tragi-comique turpitude ils vont irrémédiablement conduire les services de l’Etat qui attendent cela depuis des lustres, à règlementer les rituels hindous, tamouls ou malbars dans toute l’île. Le pouvoir judiciaire se chargeant de placer sous tutelle les plus belliqueux qui sont de plus en plus nombreux et au Fisc, Bercy en a bien besoin par ces temps difficiles, de règlementer les trébuchantes filières de cabris, boucs, coqs et autres poules noires…
Et si seulement, dans ce climat de désolation, d’autres voix pouvaient s’élever et surtout œuvrer à un retour de tous à la sérénité et à la raison. Les talents et les dévotions ne manquent pas, proposons pour toutes ces structures communautaires une présidence et administration tournantes tout les trois ou cinq ans non renouvelables et permettons ce qui n’a jamais été dans les usages jusqu’à présent, l’accès des femmes à ces responsabilités : elles sont souvent bien plus sages.
Ainsi, dotés d’un mandat limité dans le temps, ces présidents de temples et les présidentes à venir sauront s’inspirer de ce que la Culture de l’Inde a produit et essaimé au cœur de l’humanité, et revenir aux fondamentaux de l’Ethique hindoue tracée dans la Bhagavad Gîta :
« Accomplis toujours tes actions selon le Dharma, sans peine, ni joie et n’en retire jamais un quelconque intérêt. »

Saminadin Axel Kichenin
Co-Fondateur du Club Tamoul de La Réunion
Co-Fondateur de la Fédération des Temples Tamouls (FAGRHCTR)

[1lettre que Fregedaire, roi de Rome VIIe siècle, reçut de sa mère


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