Di sak na pou di

Europe : un traité fondé sur une erreur de diagnostic

Témoignages.re / 24 septembre 2012

La raison fondamentale de la crise n’a rien à voir avec les dépenses publiques.
Les preuves ne manquent pas : 
- Avant la crise, l’Allemagne, présentée comme Madame la rigueur, était plus endettée que la France, l’Espagne où l’Irlande aujourd’hui en difficulté.
En effet : en 2007, la dette de l’Allemagne s’élevait à 67,9 de son PIB (1), alors que celle de la France n’était que de 64,5 (2).
- De plus, pendant 7 années sur 12, l’Allemagne n’a pas respecté le critère des 3% de déficit budgétaire annuel, alors qu’avant la crise, l’Espagne et l’Irlande ont affiché régulièrement des excédents budgétaires, et une dette publique très faible.
Ce n’est donc pas la dette publique qui est en cause dans la situation actuelle de l’Espagne et l’Irlande… Alors, pourquoi ces gesticulations pour un traité faiseur de misère, qui repose sur un mauvais diagnostic ? Quels sont les véritables objectifs inavoués à l’opinion, qui subit un matraquage médiatique ?
Heureusement, des économistes refusent que leur discipline soit instrumentalisée par l’idéologie néolibérale qui englue le cerveau de nombreux chroniqueurs et politiciens. Ces économistes qui adoptent une démarche plus scientifique démontrent que les véritables raisons de la crise sont ailleurs.
Par exemple :
- L’excès d’endettement privé dans la zone euro, et les écarts de compétitivité qui se sont creusés…
- Les profits qui s’accumulent dans la bulle financière et qui ne sont pas réinvestis dans l’économie réelle (3).
- Le manque de régulation par les États qui favorise la spéculation…
- Les politiques de rigueur, de précarité, flexibilité, qui permettent de prélever chaque année 10 points de PIB (environ 180 milliards) sur la part salariale (salaire et protection sociale). Ce transfert de richesses, entre autres, plombe la consommation en privant de nombreux salariés de l’essentiel et les entreprises de clients. Ces 180 milliards pris sur la part salariale restent dans la poche des actionnaires et des dirigeants des plus grosses entreprises. Et toutes les études de l’AMECO (4) montrent qu’au lieu d’investir ce capital dans l’économie réelle, ils préfèrent miser sur des produits financiers à haut risque, qui rapportent gros. Et tant pis si ces pratiques provoquent des crises en ruinant les citoyens, mais aussi les petites et moyennes entreprises. Le reportage d’ARTE sur la banque Goldman Sachs est édifiant…
Sur ce point tout particulièrement, nos élus qui s’apprêtent à voter le TSEC (Traité de stabilité) sont frappés d’amnésie. Pire, ils ont placé à la tête de l’Europe des personnages qui, hier, étaient les meilleurs conseillers de cette banque mafieuse !
Autres raison de la crise :

- Le refus sectaire des idéologues libéraux d’appliquer des politiques keynésiennes qui, dans le cadre d’une véritable souveraineté monétaire des États, redistribuent une part plus grande de plus-value vers le monde du travail et lancent de grands travaux pour réduire le chômage… Pourtant, c’est avec de telles mesures que le Président Roswell a mis fin à crise de 1929.

- Mais le pire, c’est le système de fonctionnement pervers de la BCE qui prête aux banquiers à un taux dérisoire et oblige les États à subir le chantage des officines de notation (véritable dictat qui vise à imposer l’ordre néolibéral), autrement dit : la casse des services publics et des protections sociales, en commençant par les pays les plus faibles…).

On constate, en fait, que le pacte budgétaire ne traite absolument pas ces questions !

Mesdames et Messieurs les députés PS, UMP, Centristes et Verts,
Comment pouvez-vous voter ce traité fondé sur un mauvais diagnostic, et qui, de plus, ne dit mot : ni des causes réelles de la crise, ni des solutions pragmatiques qui permettraient aux États européens de rester souverains dans des États unis d’Europe, pour reprendre l’expression de Jaurès. Une autre Europe des peuples reste à construire…

 Didier Le Strat 

(1) Le PIB, pour faire simple, mesure la somme des plus-va
(2) “Alternatives économiques” N°265 Janv 2008)
(3) Voir sur le net l’article Michel Husson “Baisse tendancielle de la part salariale”’
(4) AMECO : organisme dépendant de la Commission européenne qui produit des analyses macro-économiques concernant le monde des affaires, la finance, l’économie…


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