Di sak na pou di

Ex Tampone lux

Témoignages.re / 27 juillet 2011

Le 8 juin 2011, sur les ondes de France Inter, M. Didier Robert déclare : enseigner le créole est « passéiste », « d’arrière-garde ». Très bien. Maintenant, M. Robert, je vous propose l’exercice suivant : dans cette proposition, remplacer « enseigner le créole » par « Didier Robert ». Cela donne, n’est-ce pas : « Didier Robert est passéiste, d’arrière-garde ». Si, moi, Emmanuel Miguet, je déclare ça, je m’expose à ce que l’on m’objecte : « Sans la moindre justification, le moindre argument, vos appréciations, M. Miguet, totalement subjectives, nous apprennent peut-être quelque chose sur vous, mais, faute d’éléments objectifs, sur M. Robert, rien ! ». Qui me dirait cela aurait parfaitement raison. Devant donc justifier mon propos, je dis : au moment où l’humanité cherche à diminuer les émissions de CO2, où la planète va droit dans le mur avec, à échéance prochaine, une élévation de la température de plus de 2°C ; où, dans le monde entier, les agglomérations urbaines se dotent de transports collectifs électroferroviaires, dire que l’on va remplacer le tram-train par deux mille autobus — soit parechoc contre parechoc, 20 km de ferraille polluante, bruyante et mal commode —, c’est le comble du passéisme et de l’arrière-garde. Ayant fourni mes raisons, je suis désormais légitimé à déclarer : « Avec Didier Robert, a été porté à la tête du Conseil régional de La Réunion quelqu’un qui, foncièrement passéiste, mène des politiques d’arrière-garde, incapables de permettre à La Réunion d’affronter le monde difficile et dangereux dans lequel nous entrons ». À votre tour, M. Robert ! Vous avez publiquement dit qu’enseigner le créole était passéiste, d’arrière-garde. Six semaines plus tard, nous attendons toujours les arguments susceptibles de nous convaincre du caractère objectif de votre propos, faute de quoi vous nous obligerez à considérer que vous en usez du créole et des questions de linguistique comme de l’Australie et de la coopération internationale : avec la même légèreté, la même irréflexion et la même incompétence.
Jusqu’à maintenant, le seul argument que vous avez produit, le même jour sur France-Inter, est celui-ci : « Tous les Réunionnais parlent le créole. Donc enseigner le créole à l’école n’a pour moi que peu d’utilité ». Magnifique, M. Robert ! Au moment où l’État cherche à faire des économies, vous vous rendez compte, ces milliers d’inutiles qui émargent au budget à enseigner le français à des Français qui parlent tous le français ! Vous avez Jacqueline Farreyrol à l’Assemblée nationale : par sa bouche, n’attendez plus pour tonner contre ces parasites de la société, ces affameurs du peuple, ces sangsues qui sucent le sang des pauvres gens ! Démasquez l’astuce avec laquelle, depuis trop longtemps, la mafia des profs de français a réussi à faire prendre des vessies pour des lanternes et à faire croire à l’utilité d’enseigner le français à des Français qui parlent tous le français. Et puis, M. le leader réunionnais de l’UMP, l’UMP a des élus au Parlement européen : il est urgent d’ouvrir les yeux à ces pauvres Anglais qui dépensent leur bel argent à enseigner l’anglais à des Anglais qui parlent tous l’anglais, à ces malheureux Polonais qui se ruinent à enseigner le polonais à des Polonais qui parlent tous le polonais… Le monde vous attendait, M. Robert ! Je rédige tout de suite votre plaque au Panthéon : « Didier Robert, bienfaiteur de l’humanité ; a délivré le peuple français de ses profs de français, les Chinois de leurs profs de chinois et les Réunionnais de leurs profs de créole réunionnais. Ex Tampone lux. Koméla la lïmyèr i sorte Tampon »

Emmanuel Miguet


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