Di sak na pou di

Faire parler la terre réunionnaise

Témoignages.re / 30 juin 2011

Avec Sudel Fuma, professeur de l’Université de La Réunion, nous avons mis en place le G.R.A.H.TER (Groupe de Recherches sur l’Archéologie et l’Histoire de la TErre Réunionnaise) au mois de février 1996. Notre objectif était de faire des fouilles archéologiques pour concrétiser la partie écrite de notre Histoire ; la deuxième partie était de rencontrer nos anciens, les écouter, et écrire leur histoire.
Nous avons demandé à un professeur de La Sorbonne de réaliser un inventaire des sites archéologiques de l’île. Nous en avons répertorié 27. Dont celui qui nous semblait le plus important : le Petit Brûlé Sainte-Rose.
Nous avons à ce propos signé une convention de mise à disposition du GRAHTER de ce site avec la Ville de Sainte-Rose. Plusieurs fouilles y ont été réalisées. Nous avons ainsi trouvé plus de mille objets datant du XVII-XVIIIème siècle.
Fort de ces découvertes, nous avons décidé d’organiser la première Conférence des archéologies de l’océan Indien. En août 2000, nous avons invité 30 archéologues de 12 pays de la zone, pour parler de l’histoire des fouilles archéologiques dans leur pays. Ce fut un succès. Nous avons eu la participation active du président de l’Université, des sous-préfets et des présidents des collectivités territoriales. Nos travaux ont été publiés dans la revue "Archéologia", ainsi que dans un livre sur l’analyse de ces travaux.
Nous regrettons de nous être éternisés sur le site du Petit Brûlé Sainte-Rose et de ne pas avoir vu en profondeur les autres sites de l’île.
Nous avons fait un travail considérable sur les 32 centenaires de l’île en 2001 et il faut continuer ces recherches sur les 56 centenaires qui existent actuellement dans l’île.
Nous avons dès le début de notre action réclamé la mise en place, comme dans tous les départements de France et d’Outre-mer, d’un département archéologique à la DRAC Réunion. Grâce aux interventions des parlementaires, cette section fut créée avec à sa tête un conservateur de l’archéologie.
Ainsi, une première fouille a pu avoir lieu en contexte urbain. Avec le passage du cyclone Gamède, l’apparition des squelettes a permis de faire une première recherche archéologique. Récemment, un véritable cimetière d’esclaves, avec un potentiel de plus de mille squelettes, a été découvert, sous la Direction scientifique de M. Bizot, conservateur du patrimoine, spécialiste de l’archéologie funéraire. Et c’est en coordination avec le responsable du chantier (un jeune archéologue réunionnais nommé par Mme Huguette Bello, député-maire de Saint-Paul) que ces fouilles ont pu se concrétiser, par l’aide précieuse des professeurs et étudiants de l’Université de La Réunion, ainsi qu’une doctorante en Archéologie à La Sorbonne.
Pour des raisons inconnues, on a trop mis l’accent sur la partie écrite de notre histoire en négligeant la partie archéologique. Il appartient aux Réunionnaises et Réunionnais de faire parler la terre réunionnaise. Car l’archéologie et l’histoire d’un peuple vont de pair, ce qui nous permettra de mieux connaître notre passé et les souffrances d’un pays qui a connu l’esclavage, les engagés indiens, les engagés chinois, et de ne jamais oublier que ce peuple réunionnais est constitué des cinq continents de la planète. Si ça a été une souffrance, aujourd’hui, ce peuple métissé est aussi une fierté pour chacun d’entre nous.

Marc Kichenapanaïdou


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