Di sak na pou di

Faut-il respecter les traditions ?

Témoignages.re / 27 décembre 2012

Certains Réunionnais nous rebattent les oreilles avec les "traditions" qu’il faudrait maintenir à tout prix. C’est oublier qu’une tradition n’est pas respectable simplement parce que c’est une tradition.

Ainsi, dans le village du Brûlé, une "tradition" datant du début des années 1970 voulait qu’à partir du mois de septembre, l’eau soit coupée pour cause d’étiage. Plus de 40 ans de coupures annuelles ! Qui dit mieux ? Mais le Père Noël existe puisque depuis quelques jours, le dispositif de refoulement de l’eau du Bassin Lacroix vers le nouveau bassin du village est désormais opérationnel. C’est l’aboutissement d’un chantier qui a préoccupé toutes les municipalités depuis Auguste Legros et qui a du franchir de nombreux obstacles techniques et financiers. L’investissement tant attendu a commencé à vraiment prendre corps sous la mandature de René-Paul Victoria et a été réalisé sous celle de Gilbert Annette grâce à la pugnacité des services techniques de la mairie. Qu’ils en soient remerciés ainsi que Veolia qui a eu la lourde charge de gérer la pénurie et de s’attirer des critiques indépendantes de sa volonté. C’est donc une "tradition" qui date du siècle dernier qui disparait enfin et c’est tant mieux.

D’autres traditions mériteraient aussi de disparaître rapidement. Ainsi, la lente, mais persistante transformation de l’île en un tas d’immondices est plus récente, mais c’est devenu une tradition… catastrophique. De même, les installations spontanées, pour ne pas dire sauvages, dans le Parc national relèveraient d’une soi-disant tradition locale. En réalité, pour ce que j’ai vu de mes propres yeux depuis 1965, certains Réunionnais revendiquent les traditions qui arrangent leurs intérêts particuliers et n’ont que faire de l’intérêt général. En 1965, pas de camion-bar dans le Grand Brûlé. Pas de plantations de goyaviers inconsidérées. Pas de survols d’avions, d’hélicoptères ou d’ULM au-dessus des pitons, cirques et remparts. Pas de nuisances sonores dans les rares gîtes de montagne de l’ONF. Pas d’épreuves sportives de masse dans les cirques. Mais déjà dans les Hauts, des braconnages de truites, de tangues et de palmistes. Des fers-blancs pour charroyer l’eau. Des explosifs pour pêcher dans le lagon. Des déboisements inconséquents pour la cuisson des aliments. Des broquettes sur les routes au moment des élections.

Que de traditions ! Tout ça, c’est notre patrimoine, certes, mais tout n’est pas bon à garder dans ce bric-à-brac. Alors, tant mieux si la Réserve naturelle marine ou le Parc national remettent en cause les mauvaises traditions des prédateurs de la nature que nous sommes depuis 350 ans sur cette perle de la nature. La "tradition" a bon dos, mais elle n’a pas à être respectée au seul motif que c’est une tradition. L’île déserte de 1665 supporte désormais plus de 820.000 habitants dont certains voudraient perpétuer des actes compromettants pour l’avenir. La Réunion n’est pas la propriété exclusive des Réunionnais : elle appartient à l’humanité et nous a été confiée. A nous de nous montrer dignes de cette mission de conservation d’un patrimoine naturel unique et d’une richesse exceptionnelle.

Charles Durand

Le Brûlé - Saint-Denis


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