Di sak na pou di

Faut-il tuer ou sauver le PCR ?

Témoignages.re / 21 décembre 2011

Le PCR connaît aujourd’hui des remous : à Sainte-Suzanne, par exemple, la question qui se pose est de savoir si les orientations du PCR vont être approuvées par la population lors des prochaines élections municipales partielles. La même remarque est valable pour les investitures dans la 2ème et la 7ème circonscription.

Seul l’avenir pourra y répondre. Mais en attendant, et quel que soit le verdict que rendront les urnes, la question qui se pose est la suivante : les débats actuels reflètent-ils des divergences d’analyse sur le fond ou des rivalités d’ambition personnelle ?

La réponse est fournie par les comptes-rendus de presse : il n’y a pas de divergence politique profonde entre ces personnes qui appartiennent à un même parti. Mais il y a certainement des intérêts personnels dans certains cas.

Mais cela explique-t-il le fait que “l’on ne parle que de ça” ? Cet embrasement médiatique est-il le fait de ces personnes ? Ou est-il provoqué de manière volontaire par d’autres qui voudraient bien voir disparaître le PCR ?

Les commentateurs — patentés ou non — y vont de leur pronostic : si le PCR « perd » Sainte-Suzanne, si Mme Bello refuse la discipline du Parti, le Parti est fini ou, du moins, connaîtra un déclin important. Bien évidemment, ils rappellent les résultats des élections régionales et sénatoriales pour émailler leur discours.

Ce faisant, les adversaires traditionnels du PCR soutiennent ouvertement des membres du PCR qui sont en bisbille avec la Direction, et les instrumentalisent à l’insu de leur plein gré…

Premièrement, aucun parti n’a connu une trajectoire rectiligne : des hauts et des bas, pour tous les partis. Cela est vrai aujourd’hui à La Réunion, comme cela l’a été en France dans les années 90 pour un autre parti. On n’a pas pour autant annoncé la mort de celui-ci. Des revers politiques — et ce ne sont pas les premiers que le PCR essuie — n’ont jamais été synonymes de disparition.

En réalité, cela traduit un vœu : une partie influente de l’opinion rêve de la disparition du PCR qui, depuis des décennies, a le toupet de rassembler entre un quart et un tiers des suffrages des Réunionnais. Le PCR, qui est le dernier à refuser le règne de la pensée unique de l’assimilation, est un empêcheur de tourner en rond.

Pour beaucoup, c’est l’identité de « communiste » qui gène. Car on a alimenté leur imaginaire d’idées qui ne sont pas, loin s’en faut, l’exact reflet de la réalité. Le bolchévique avec le couteau entre les dents reste, de façon inconsciente, dans les mentalités. On se sert des événements de Tien Anmen pour fustiger la Chine… tout en souhaitant l’ouverture d’un consulat de cette puissance à La Réunion !

Et ne serait-ce pas le mot « réunionnais » qui dérange le plus ? Ne serait-ce pas le fait que ce parti ne prenne pas ses ordres à Paris et combatte toujours l’assimilation ?

L’identité de « communiste réunionnais » du PCR irrite tous ceux qui veulent aligner La Réunion sur la France. Et cristallise l’animosité — voire la haine.

Le PCR est l’un des derniers — si ce n’est le dernier — remparts politiques contre l’assimilation et ce processus de « recolonisation » de La Réunion sous l’angle culturel. Et sur le plan politique, nombreux sont ceux qui ne verraient que des avantages à une bipolarisation UMP/PS à La Réunion, à l’image de la vie politique métropolitaine.

Alors, si après les Régionales et les Sénatoriales, le coup de grâce pouvait être porté au PCR à l’occasion des Législatives, ne serait-ce pas le nirvana pour tous les anti-communistes ? Et peu importe si on essaie d’y parvenir en essayant de faire jouer une communiste, Huguette Bello, contre son propre camp !

Car l’important, ce n’est pas que Huguette Bello se réclame toujours du PCR, l’important, c’est qu’elle ose se dresser contre la Direction du Parti et Paul Vergès, fusse au mépris des règles de fonctionnement du parti : « tiens bon Huguette » !

Or, pour la société petite bourgeoise réunionnaise, les assimilés et les nostalgiques de la colonie, Paul Vergès est l’obstacle majeur, car il est celui qui personnifie la résistance réunionnaise et le combat anticolonialiste ; et sur le plan politique, le refus de l’hégémonie du PS à gauche.

Alors, oui, il faut porter l’estocade au PCR, et saisir toute division interne pour l’affaiblir. Affaiblir ainsi un des piliers de l’histoire et de l’identité réunionnaise. Et l’empêcher de continuer à jouer un rôle influent dans l’avenir de La Réunion.

Dès lors, chacun peut s’interroger : faut-il tuer ou sauver le PCR ?

Romain Delaréunion


Kanalreunion.com