Di sak na pou di

Fête des mères : La femme, la martyrisée

Témoignages.re / 29 mai 2012

La femme réunionnaise est martyrisée. Nous vivons dans un monde si égoïste que les meilleurs d’entre nous ne peuvent pas s’en rendre compte.
Ainsi, pour la femme, l’homme sort le « chabouk » pour un oui ou pour un non. C’est elle qui élève les enfants, c’est elle qui doit pourvoir à manger, c’est elle qui fait la cuisine, c’est elle qui fait la vaisselle, c’est elle qui fait la lessive, c’est elle qui nettoie la case... Elle porte tout le fardeau du ménage, de la famille. Elle supporte tout.
Oui, c’est vrai que l’homme rapporte l’argent. Du moins, traditionnellement. S’il n’est pas au chômage, s’il n’est pas paresseux, s’il n’est pas égoïste.
L’homme ne voit pas tout ce que la femme apporte, tout le fardeau qu’elle porte, toutes les souffrances qu’elle supporte. Il exige, il commande : il faut que tout soit nickel, que tout marche comme sur des roulettes. S’il manque le repas, si les enfants ont des problèmes, c’est la femme qui subit les reproches et… les coups. Elle a mal, mais, tant bien que mal, il faut qu’elle explique, qu’elle s’explique. L’homme n’aime pas cela : il veut toujours avoir le dernier mot.
S’il est vrai que l’esclavage a été aboli en 1848, à l’intérieur du foyer, l’esclavage perdure. Avec l’homme dans le rôle du maître, du dominateur, de l’abuseur, et la femme dans celui de l’esclave, de la soumise.
Mais aujourd’hui, la femme n’accepte plus les diktats de l’homme. Elle répond, elle réplique, elle explique tant bien que mal les difficultés qu’elle rencontre dans le quotidien de la vie.
Les discussions sont malsaines, elles s’enveniment. L’homme ne veut pas accepter que la femme ne reste plus bouche cousue. Alors, il exerce sa force physique — malheureusement, souvent devant les enfants. Il frappe avec ses poings, et quelquefois il frappe avec tout ce qu’il trouve à sa portée.
La femme est souvent blessée. Malgré tout, l’homme continue à la frapper, avec colère. Il ne se retient plus. Le coup fatal arrive et la tue. L’interposition des enfants ne sert à rien. Une femme est morte. Quelquefois, il regrette son geste. Deux solutions s’imposent à lui : fuir ou se livrer. La plupart du temps, il s’enfuit, lâchement, jusqu’à ce que les forces de l’ordre le retrouvent et l’arrêtent.
Au moins six femmes sont mortes sous les coups d’hommes en 2011 et la liste se noircit en 2012. Comment arrêter l’hécatombe ? Comment expliquer qu’on s’aime, qu’on s’échange de l’amour, qu’on fait des enfants et que cet amour-là ne dure pas s’il n’y a pas le respect de l’un et de l’autre ?
Trop souvent, les femmes se taisent, ne s’expriment pas. Elles s’enferment et se réfugient chez leurs parents, chez leurs voisines, s’enfuient, pour ne plus subir leur mari, leur compagnon ou concubin. Lui, il rend des comptes à la société ; incarcéré, son isolement va durer des années… Il regrette, il a perdu son épouse. Malheureusement, il est trop tard. Il est donc fondamental que la femme ne soit plus frappée et vive pour le bien-être de ses enfants et de son compagnon…
Comment, à la veille de la Fête des mères, l’homme peut-il offrir des cadeaux à sa femme lorsque, parallèlement, pour un oui ou pour un non, il la bat, il la martyrise, quelquefois jusqu’à la mort ? Il faut que cela cesse ! Merci à Monsieur François Hollande d’avoir mis en place le Ministère du Droit de la femme dirigé par Madame Najat Vallaud Belkacem ! Son rôle consistera, certes, à sanctionner les maris violents, mais aussi à protéger la femme contre toutes les violences et à lui donner la joie de vivre et non pas de souffrir sous les coups de l’homme qu’elle s’est choisi…
Il est dit que « qui a trouvé une femme a touché au bonheur », car « il a obtenu une faveur d’en haut » (Proverbes, 18, 22). Alors, pourquoi dilapider cette faveur ? Les maris doivent aimer leurs femmes comme ils aiment leur propre corps : celui qui aime sa femme s’aime lui-même.
L’homme doit vénérer la femme. A La Réunion, toutes les femmes portent le prénom de Marie. C’est la mère de l’humanité. Il doit garder à l’esprit que la femme est le berceau de la création, que c’est elle qui porte et donne la vie, sa mère comme son épouse, souffre des douleurs en l’enfantement, en mettant le futur homme au monde. Que cela soit ancré dans notre esprit d’homme avant de lever la main sur une femme. Je suis persuadé de cette vision des choses. Tous les prophètes, de tous les temps, ont eu cette vision qui nous vient de l’Être suprême.

Marc Kichenapanaïdou


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