Di sak na pou di

Fonder en nous la République

Témoignages.re / 21 avril 2011

« Les institutions sont peu de chose ; elles ne peuvent faire que les hommes soient réellement égaux, justes et libres, tant qu’ils ne seront pas justes, égaux et libres en esprit. (…) Mais je sais bien que, tant que les citoyens seront disposés à croire sur parole les plus forts, les plus riches, les plus éloquents ou les plus instruits, tant qu’ils seront incapables de réflexion personnelle et de libre critique, c’est en vain que nous inscrirons sur nos édifices la sublime devise républicaine. Au contraire, dans la mesure où chacun de nous affranchit son esprit du poids de la tradition, des menaces de l’autorité ou des caresses sournoises de l’intérêt, chacun de nous fonde en lui, défend en lui et sauve en lui la vraie République ».

Le vieux rêve que faisait Alain il y a plus d’un siècle ne s’est jamais vraiment réalisé — les grands principes de liberté, d’égalité et de fraternité ayant été si souvent violés. Et le risque est encore plus grand aujourd’hui de le voir s’éloigner davantage devant l’avancée irrésistible du rouleau compresseur de la mondialisation, qui transforme la société en un vaste marché où tout s’achète et tout se vend, qui déforme la pensée en la « pensée unique »... A la veille de la Présidentielle de 2002, qui avait vu s’affronter au second tour Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, le Père Jean Cardonnel s’indignait de la place qu’occupe désormais le président dans l’esprit des électeurs, au détriment de la République : « Ce qui me choque, me scandalise au plus haut point, c’est que la République est seulement postulée. Quand j’écris qu’elle constitue un postulat, me voici encore bien trop indulgent. En réalité, dans les structures mentales et sociales des Réunionnais comme des Français du territoire national métropolitain, la République n’est même pas postulée. Elle est présupposée — pire : elle est sous-entendue ».

Toutes ces révolutions qui éclatent soudain dans les pays arabes, soulevant des peuples entiers, jusque-là si durement opprimés, révèlent à quel point les dirigeants et les médias sont prêts à couvrir les pires dictatures pour faire passer avant tout les intérêts des grands marchés financiers. Puisse ce vent de liberté apporter avec lui le changement nécessaire à l’avènement de la vraie République, l’unique rempart pour tous les peuples du monde contre le Tout-marché.

Georges Benne


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