Di sak na pou di

Fusion du GHSR et de l’ancien CHD : lettre au président de la République

Témoignages.re / 3 septembre 2012

Monsieur Le Président de La République,

Notre section syndicale du GHSR, m’a confié la lourde responsabilité de vous solliciter sur un dossier très sensible voire épineux : La Fusion précipitée prononcée par l’ancien gouvernement, entre deux établissements publics de santé, le Groupe Hospitalier Sud Réunion, hôpital de 1.200 lits et places au service de 40% de la population de l’île située au bassin sud et l’hôpital Félix Guyon de 600 lits et places situé au nord (23% de la population).

Si tous les politiques, les syndicats et les professionnels de santé, de tous bords, ont toujours été favorables à la mise en place d’un CHU à La Réunion, pour toute La Réunion et à vocation océan Indien, le CHU qui est sorti de cette stratégie de fusion n’y répond pas.

L’outil juridique imposé par l’ancien gouvernement, à savoir La Fusion entre le GHSR et le CHFG, distant de 96 Km, nous a été présenté comme Obligatoire et Non négociable avant toute signature de convention avec l’Université de La Réunion. Pour information dans d’autres régions de France, il existe des CHU sans fusion, tel que par exemple Nîmes Montpellier, Metz Thionville…

C’est ainsi que la Direction commune de ces deux hôpitaux a mené, à la demande du ministère de la santé, et sans se soucier des conditions de travail des agents, une politique à marche forcée pour aboutir à une fusion du GHSR et du CHFG fin 2011.
Un décret signé du Président Sarkozy en novembre 2011 a alors créé, le "Centre Hospitalier Régional de La Réunion", par fusion du Centre hospitalier Félix Guyon et du Groupe Hospitalier Sud Réunion, dont le siège a été fixé, sans concertation préalable, à Saint-Denis. Rappelons pour l’anecdote qu’un décret de 2007 avait déjà créé le CHR de La Réunion.

Cette Fusion a été très vivement contestée tant par notre section syndicale que par la communauté médicale du sud (Hôpital GHSR) qui a d’ailleurs voté Pour le CHU de La Réunion, et Contre la Fusion lors d’une réunion de Commission médicale d’Établissement, faisant ainsi bien la part des choses entre l’intérêt des patients et les décisions technocratiques.

Devant les violations parfois grossières de légalité (sur la forme et le fonds), le défaut de transparence et de dialogue, trois contentieux ont été portés devant le tribunal administratif de La Réunion visant les délibérations des Conseils de surveillance des deux hôpitaux et un contentieux devant le Conseil d’État visant l’annulation du décret de fusion.

Nos sollicitations répétées à la Direction du CHR, à l’ARS, à la DGOS, au Préfet et aux élus, pour obtenir que des audits financiers, des études prospectives soient faites avant la Fusion imposée, n’ont pas été entendues. C’est donc avec un fort intérêt que nous avons pris connaissance du rapport de l’IGAS publié en mars 2012 et intitulé « Fusion et regroupements hospitaliers : Quel bilan pour les 15 dernières années ? », qui enfin nous apporte quelques réponses. (…)

A la lecture de ces facteurs d’échec pointés par l’IGAS, les erreurs commises sautent aux yeux : La fusion du CHR de La Réunion remplit toutes les cases. Pas un facteur d’échec n’a été épargné ! Ce palmarès fait peur à voir. Si nous n’étions pas concernés par les patients et l’état des dépenses publiques, ces décisions absurdes de technocrates aux ambitions électoralistes et de carrière pourraient presque faire sourire. Mais il n’en est rien.

Rappelons que le GHSR à lui seul couvre un territoire de 40% de la population réunionnaise (dont 26% résident dans les Hauts) la plus précaire et le CHD 23% de la population (dont 8% résidant dans les Hauts). Il s’agit donc de la santé de 63% des Réunionnais.

L’IGAS note dans son rapport que la fusion « doit être réservée au cas où l’impact des restructurations est tel qu’il impose de remettre en cause l’existence même d’un établissement, dont l’activité et les moyens résiduels ont alors vocation à être agrégés dans un ensemble plus vaste, ou aux cas où le fonctionnement de plusieurs structures est à ce point intégré par la mise en commun de moyens qu’il soit préférable d’en unifier complètement la gouvernance ».
Hélas, le CHFG et le GHSR ne sont pas dans le deuxième cas de figure loin s’en faut ! D’où notre légitime inquiétude : la fusion répondait-elle à un objectif non Avoué parce que Non avouable à la veille d’élections, de fermeture programmée d’un établissement ? Sinon faut-il voir dans cette décision si absurde de fusion précipitée, l’incompétence grave de technocrates et l’urgence d’un calendrier électoral ?
Le GHSR est issu de la fusion de 5 hôpitaux et nous avons le vécu des structures de proximité qui s’étiolent et vouées à disparaître. Sachez donc Monsieur le Président que nous sommes pour l’accès aux soins de proximité pour tous les Réunionnais et nous serons donc contre toute fermeture de centres hospitaliers sur notre île.

La Santé est l’affaire de tous, c’est la raison pour laquelle nous préconisons que chaque établissement public et privé qui le souhaite, tout en gardant son autonomie de gestion, devienne un élément d’un CHRU Réunion océan Indien.

Les techniques de communication ultra rapides dont nous disposons ne freineront pas les mises en commun des dossiers médicaux des patients aussi bien sur les prises en charge d’une même pathologie, que sur la gestion purement administrative de ceux-ci.

Une seule santé pour tous et une seule prise en charge pour tous c’est cela l’égalité devant les soins. La Santé retrouvera ainsi ses vraies lettres de noblesse loin des intérêts purement politiciens de circonstance.

Nous réclamons ainsi de la transparence sur ce dossier très grave qui concerne tous les réunionnais dans leurs droits aux soins hospitaliers.

Nous savons que la désorganisation et les dés économies d’échelle ont déjà commencé au CHRU fusionné et que le déficit se creuse, malgré une présentation édulcorée des comptes. Il faut au plus vite endiguer ce problème qui aura indéniablement des répercussions sur les autres hôpitaux de l’île.

Vous sachant très attaché à l’Égalité de tous les Français, y compris ceux de l’outre-mer, nous vous sollicitons par la présente, Monsieur le Président de la République, pour diligenter dans les meilleurs délais un audit indépendant (Cour des comptes) sur la situation pré et post fusion du CHR de La Réunion au regard du rapport de l’IGAS et du droit en vigueur sur tout le territoire de la France et veiller à l’application des textes et recommandations de l’audit.

Sachant pouvoir compter sur votre intégrité, nous vous prions de croire, Monsieur Le Président de La République, en notre très respectueuse considération.

 Jacques De Balmann
Syndicat Sud Santé – GHSR
 


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