Di sak na pou di

Guyane : raccourci magistral de la tribu humaine

Témoignages.re / 6 avril 2017

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Il y a en Guyane un échantillon complet d’humanité. Jugez plutôt : des Amérindiens dont le souci majeur est le foncier ! Absurde préoccupation d’un peuple dont on aurait « emprunté » la terre puis, sans vergogne nous leur ferions payer un loyer ?

Les malheureux Guyanais (qui ne sont pas tous Amérindiens) et qui ne roulent pas sur l’or se plaignent de l’insécurité. Le paradoxe c’est que cette insécurité est due au fait qu’il y a autour de ce territoire des populations encore plus pauvres. Pendant un temps, le Guyanais qui vit principalement de la forêt, était peu soucieux des vociférations du reste du Monde.

Kourou, ce n’est pas Cayenne et cette pustule spatiale était bien loin de leurs préoccupations. Les miettes métropolitaines qui tombaient de temps en temps étaient toujours bonnes à prendre. Sans plus. Mais comme toujours, les cinglés du « toujours plus » ont tout gâché. Il y eut d’abord cette histoire de RMI versés aux Amérindiens qui n’avaient rien demandé. J’ai entendu dire qu’un petit malin en a profité pour échanger avec eux RMI contre alcool. Résultat catastrophique assuré.

Mais Kourou ne fut pas en reste dans cette escalade de la bêtise et de la confrontation Nord-Sud ou, riches contre pauvres. Dans cette petite ville, le choc entre les deux communautés est violent. Je me souviens d’une des artères principales de la ville longeant le fleuve Kourou, et bordée d’un côté des riches villas des cadres du Centre Spatial et de l’autre le quartier des noirs-marrons, boueux, sans eau, sans électricité, j’en passe et des plus sordides. Auriez-vous accepté de mourir de faim dans ce cloaque alors que de l’autre côté de la rue, les poubelles débordaient des restes de repas pantagruéliques ? Une petite incursion dans ce paradis de l’opulence s’imposait et ne manqua pas d’attirer de nombreux voleurs. Il faut être ignorant, méprisant ou naïf pour ne pas le comprendre. Cela remonte à 30 ans. Mais les choses ont-elles beaucoup changé ?

Elles ont, semble-t-il dégénéré, empiré. Une fois de plus on n’a pas mesuré les conséquences d’une inégalité flagrante et croissante. Cela est d’autant plus inexcusable que, l’expérience le prouve, les peuples pauvres ne sont, en général, pas exigeant. Mais tout, en ce bas monde, a ses limites. Limites que, semble-t-il, en Guyane, on a largement dépassé.

François Maugis – La Réunion


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