Di sak na pou di

Halte aux bulldozers de la mémoire

Témoignages.re / 14 février 2013

Le Mouvman Sitoiyin Rényoné, l’association Rasine KAF ainsi que l’Association Agir Contre Le Chômage partagent le même intérêt pour l’histoire de La Réunion, la défense et la valorisation de notre patrimoine historique et culturel. C’est pourquoi nous nous associons pleinement à la démarche entreprise par l’Association Nout Byin Nout Memwar qui interpelle une fois de plus la mairie de Saint-André, les Pouvoirs Publics, la DACOI ainsi que la population réunionnaise pour la défense du patrimoine historique que constitue l’Ecole des frères de Saint-André construite en 1844, et rebaptisée l’école des Noirs après l’abolition de l’esclavage (JIR 31 /01/2013). Ainsi que le rappelle Michel Nasseau, ce patrimoine révèle la première tentative d’émancipation des Noirs, bien avant l’abolition de l’esclavage car en apportant la connaissance aux fils et filles d’esclaves, elle a permis de poser les bases de la libération des Noirs. C’est pourquoi nous pensons à l’instar de l’Association Nout Byin Nout Memwar qu’il est scandaleux de transformer ce patrimoine si riche de sens et d’avenir en un vulgaire lieu de réjouissance et de consommation.

Il en est de même du marché couvert, érigé à la fin du 19ème siècle avec une charpente métallique, monté dans l’île par les ouvriers réunionnais ce qui montre leur savoir faire et leur technicité.
Les sites historiques portent en eux la mémoire et le travail de nos aînés, ils marquent le chemin qu’il est nécessaire d’accomplir pour reconnaître leur existence, leur travail et leur combat. La destruction de ces sites historiques perpétue le crime qui non seulement n’a jamais été réparé mais qui demeure encore dans le déni. C’est pourquoi, nous soutenons pleinement le projet de l’association Nout Byin Nout Memwar de mettre en place « un Farfar Lékol réunissant un Musée moderne de l’école à La Réunion et un Centre de ressources et de développement dédié à l’Education, destiné à "mettre en lumière l’histoire de l’Ecole et de l’Education à La Réunion de 1815 à nos jours..."

Alors que les décennies 1980-2010 ont vu un réveil de la conscience historique et une nécessité proclamée par l’ensemble de Institutions de diffuser et de valoriser l’histoire de nos ancêtres, nous constatons malheureusement que depuis les Etats généraux de 2009, nous assistons à un recul concernant la démarche patrimoniale de ces Instances, alors même que la population réunionnaise cherche à s’approprier son histoire et à participer à la valorisation des sites historiques par le biais des chantiers de restauration historique notamment. Nous nous interrogeons sur cette volonté d’effacer les traces de notre histoire et de montrer un certain laxisme dans le travail de fouille (voir les Lazarets de la Grande Chaloupe).
C’est pourquoi, nous pensons qu’il est nécessaire aujourd’hui de faire une table ronde sur notre rapport à l’histoire et la manière dont nous portons la mémoire de notre pays.

Nous appelons les associations qui militent pour la connaissance et la diffusion de l’histoire réunionnaise ainsi que les Institutions qui ont pour rôle de promouvoir et de préserver le patrimoine à organiser un débat public sur les conditions à mettre en place pour restituer durablement l’histoire aux réunionnais, et redonner au patrimoine historique et culturel la place qu’il doit prendre naturellement dans le cœur et l’esprit de chacun d’entre nous.
Ce qui suppose une réflexion approfondie sur l’appropriation privée des sites historiques que ce soit pour les rituels ou autres pratiques ; qui si elles ne sont pas contestables en soi doivent être pour le moins réglementées.
Les sites historiques doivent rester d’abord et avant tout des sites publics ouverts à tous et chacun doit rester libre d’honorer ses ancêtres à la manière qui lui convient. Or, nous constatons malheureusement une appropriation cultuelle des sites historiques qui les affilient trop rapidement à telle ou telle communauté religieuse.

C’est pourquoi, nous rejoignons le Kolektif Domoun qui réclame une transparence sur les fouilles et un respect des dépouilles retrouvées.
Cette démarche a d’ailleurs été déjà entamée pour la sauvegarde de la Grande Chaloupe (2007) et a été posée dans le cadre de l’atelier sur l’histoire dans le cadre des états Généraux (2009) et dernièrement à l’occasion de la Journée de traite négrière (4 septembre 2011) initiée par le Komité Eli.
La nécessité de former « le Kolektif Somin la Memwar » a été évoquée par l’ensemble des associations présentes afin de poser une réflexion globale sur la préservation et la valorisation des sites historiques.
Nous nous inscrivons pleinement dans cette démarche et nous appelons à un rassemblement de toutes les personnes concernées pour briser le silence et le mépris des autorités et exiger une plus grande visibilité sur les travaux archéologiques effectués à La Réunion, la restitution au domaine public de tous les objets et ossements trouvés lors des fouilles archéologiques et appropriés de manière abusive par les particuliers ou autres explorateurs et une politique patrimoniale qui honore le travail des ancêtres et leur implication dans la cité.
Nous signons la charte soumis par le Kolektif Domoun aux autorités et nous appelons à une vigilance citoyenne pour le respect de cette charte.

Mouvman SITOIYIN RENYONE, Association RASINE KAF, Agir Contre le Chômage


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