Di sak na pou di

Hé, Ho, la société…

Courrier des lecteurs de Témoignages / 1er mai 2016

Un petit garçon de quatre ans nous regarde avec ses grands yeux noirs, il semble dire « Qu’avez-vous fait, vous tous, pour me protéger et me permettre de vivre ma vie de petit enfant, aller à l’école, rire, jouer, faire et recevoir des câlins avec mes parents ? ». C’est Mathéo et sa pauvre petite existence s’est terminée atrocement en juin 2013.

On peut se demander si les abominables violences subies le jour de son assassinat n’avaient pas été précédées par d’autres ? Celui qui l’a torturé et assassiné ne devait certainement pas lui prodiguer l’affection et les soins nécessaires à tout enfant. On peut aussi s’interroger sur le rôle d’une mère qui a imposé à son fils un petit père de la sorte et une enfance aussi tragique.

Est-il décent de réclamer des indemnités à la fin du procès ? Alors que rien ni personne ne pourrait remplacer la perte d’un enfant.

D’autres jeunes, n’ont pas subi le martyre de Mathéo, mais ils ont vu leur innocence souillée par des attouchements que leur ont fait subir certains prêtres pédophiles. La venue du cardinal Barbarin semble incongrue voire choquante pour assister aux cérémonies prévues pour les 40 ans d’épiscopat de Monseigneur Aubry. N’y avait-il pas un autre prélat à recevoir, qui puisse présenter aux catholiques et aux laïcs dont je suis, une meilleure image d’une Eglise respectueuse des personnes, surtout des enfants et désireuse de sortir d’un processus de silence absolu pour protéger des pervers justiciables ? Est-ce naïveté ou provocation ?

Parfois il arrive que le pessimisme l’emporte et que la vision de notre société soit plutôt négative. Heureusement, j’ai vu lundi dernier « l’homme qui répare les femmes » de Thierry Michel. Ce film est dédié au docteur Denis MUKWEGE qui consacre sa vie à redonner leur intégrité physique et leur dignité à ces milliers de femmes et de fillettes violées depuis 20 ans, par les soldats et les milices armées qui terrorisent leur pays la République Démocratique du Congo. Ce gynécologue est un homme admirable, d’une humanité et d’un courage exemplaires. Il a échappé à une tentative d’assassinat en 2012, cependant il opère toujours les victimes mutilées par la sauvagerie sexuelle de soudards. ll est protégé par des casques bleus des Nations-Unies et inlassablement soigne, réconforte celles à qui il rend l’espoir. Il dénonce aussi la passivité des autorités de son pays et celle des autres nations pour qui le sous-sol congolais est d’une grande richesse.

Cet homme exceptionnel redonne confiance en la nature humaine, je sais qu’il n’est pas le seul mais je voulais lui rendre hommage et encourager les spectateurs à voir ce film et à penser que leurs multiples appareils électroniques ont besoin de ce fameux cobalt extrait des mines congolaises, qui déchaine violences et cupidité et mutilations de la population féminine…

Qu’on le veuille ou non, notre responsabilité est engagée et on ferait bien de se réveiller.

Marylène Berne


Kanalreunion.com