Di sak na pou di

Honni soit qui Mali pense !

Témoignages.re / 19 février 2013

Maître de Conférence en Géographie à l’Université de La Réunion, ayant été attaché à l’Ambassade de France au Mali de 1996 à 2000, Thierry Simon explique que l’État malien « en apparence démocratique » détenait peu d’emprise sur l’éducation et la santé, car des organisations non gouvernementales (ONG) françaises et étrangères ont contradictoirement affaibli l’État. Et il regrette que « les intellectuels maliens (soient) peu bavards depuis le début de la crise ».

Afin de rendre à César ce qui est à César, il faut comprendre qu’après la chute de Moussa Traoré en 1991, un éminent homme politique malien, Alpha Oumar Konaré, a été élu président de la République avec 69,01% des suffrages en avril 1992 et le restera jusqu’en 2002 (tout en étant président de la Commission de l’Union africaine jusqu’en 2008).

Ce président, précédemment chargé de recherche à l’Institut des Sciences humaines du Mali dès 1974, a été militant politique clandestin du “Parti malien du travail” et fondateur avec son épouse, Adame Ba Konaré, de la coopérative culturelle “Jamana”.

En 1990, il crée l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA). Il s’est beaucoup inspiré des travaux de l’ADELS en France (Association pour la démocratie locale et sociale) en demandant à celle-ci, dès son élection, de l’aider dans la mise en place d’une décentralisation. J’en ai été l’heureux envoyé.

Au moment où commence en France le débat sur l’acte III de la décentralisation, il faut dire que sa conception était à l’extrême opposé de notre “modèle” (?) français.
Il envoie les députés élus sur leurs terres, afin qu’ils cherchent avec les habitants, autour des chefs de village, avec qui ils auraient envie de s’associer pour créer une commune.
Dans la région de Kayes, par exemple, une commune a été créée entre deux villages distants d’une trentaine de kilomètres, parce que les liens familiaux et sociaux l’exigeaient !

Après un séminaire que j’ai animé à Bamako, entre élus, producteurs de biens et de services, et citoyens associatifs, une délégation tripartite s’est répartie dans plusieurs communes de France “triées” pour leur respect du principe de subsidiarité (ne pas faire à l’échelon supérieur ce qui peut être fait à l’échelon inférieur). J’ai été témoin au Mali de cette arrivée en “force” d’ONG françaises et étrangères brisant, par leurs dons et interventions, les initiatives des habitants avec leur culture propre.

C’est dans cet esprit que ce président, conscient que les Touaregs farouchement autonomistes n’étaient pas indépendantistes, a permis lors d’une rencontre, en 1999, de travailler à une coopération interrégionale. Thierry Simon explique très bien que l’interventionnisme du « mouvement de libération » appuyé par certains pays, conjugué à celui des ONG envahissantes, a ouvert la crise, qui est donc éminemment d’ordre démocratique, par abandon de la coopération.
La France elle-même n’était pas innocente. Par crainte de se voir accusée de néo-colonialisme, elle « décide de faire un pas en arrière pour confier les rênes à la Banque mondiale »…

La France d’aujourd’hui devrait bien réfléchir à cette histoire, et surtout, nos députés réunionnais qui vont voter ou non cet acte III d’une dite décentralisation. Cela n’est en fait qu’une recentralisation, où les citoyens ne sont même pas nommés, et les communes quasiment oubliées.

Marc Vandewynckele


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