Di sak na pou di

Ida Rupert : elle était la discrétion, comme savent l’être sans même le savoir « les gens de peu »...

Raymond Lauret / 13 juin 2015

Comme tous « les gens de peu » auxquels l’écrivain Pierre Sansot a consacré un de ses plus beaux ouvrages, elle a vécu toute sa vie durant loin « des soucis d’une carrière et d’un avenir » qui tourmentent tant d’entre nous. Elle non plus ne concevait pas sa « différence comme une preuve de sa prétendue infériorité ». Elle n’appartenait pas au monde de ceux qui vivent tenaillés par« l’envie de grimper dans l’échelle sociale qui jaunit les visages et blêmit les existences ». Comme ces gens qui sont la simplicité même, elle ne cherchait pas à être comparée à d’autres catégories sociales. Elle se contentait de se lever tôt pour, tranquillement, travailler plus tard et plus souvent sans que, à ses yeux, cela signifie qu‘elle possédait moins de valeur que les autres.

Depuis plusieurs mois déjà, elle avait quitté la petite maison toute modeste où elle a toujours vécu au Port, à l’angle des rues de Siam et des Comores, pour affronter dans une famille cette maladie qui la vidait de ses dernières forces.

Ce mercredi 10 juin, Ida Rupert a quitté notre terre après quatre-vingt-dix années d’une vie sans histoire. quatre-vingt-dix années consacrées à accompagner sa mère lorsque toutes deux se retrouvèrent un jour seules dans la petite case créole construite comme cela se faisait dans le temps : sur un terrain mis gracieusement à leur disposition par un généreux propriétaire qui ne leur fit signer aucun papier. quatre-vingt-dix années à la fin desquelles, alors qu’elle était désormais seule, elle offrait chaque jour son sourire et quelques mots pleins de gentillesse à ses voisins, à sa famille, à ses amies ainsi qu’à tous les autres qu’elle pouvait croiser chaque jour sur le chemin qui la menait à l’église Sainte Jeanne d’Arc.

Oui, Ida Rupert était de « ces gens de peu », de ce peu qui, nous l’a dit Pierre Sansot, « ne présuppose pas la petitesse ou la mesquinerie, mais plutôt un certain champ dans lequel il est possible d’exceller… » . Sa vie, Ida Rupert l’aura vécue en se disant, toujours avec Pierre Sansot, que « … sans doute vaut-il mieux manifester de la grandeur dans le peu que demeurer indécis, épais, risible, incapable d’un beau geste dans l’aisance… ».

La présence ces dernières heures de ceux qu’elle avait aimés, mais aussi de ceux qui l’avaient côtoyée toute sa vie durant dans son quartier de la Butte citronnelle du Port, est le plus bel hommage que l’on peut rendre à ces personnes sans histoire qui, comme Ida Rupert, n’ont jamais rien demandé mais qui ont été appréciés. Parce qu’elles étaient des gens de peu…


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