Di sak na pou di

Impôts : la grande mystification

Témoignages.re / 3 septembre 2009

Les avis de taxes foncières arrivent dans les boîtes aux lettres des Français. Il faut se rendre à l’évidence : les impôts augmentent. Et comment ! Pourtant, depuis les débuts de la campagne présidentielle de 2007 le candidat choisi par les Français n’a eu de cesse que de proclamer haut et fort que désormais les impôts n’augmenteraient plus.
Pour pouvoir se prévaloir d’avoir tenu ses promesses, le président a procédé à un superbe tour de passe-passe. Sous prétexte de confier plus de responsabilités aux assemblées locales il leur a transféré de nombreuses compétences assorties d’un soi-disant financement compensateur. C’est la décentralisation.
Ainsi, le budget de l’État central a pu diminuer puisque les charges pèsent de plus en plus sur les communes, départements et régions. Mais au total il faut bien remplir les caisses publiques au même niveau. La grande astuce de l’État est donc de pouvoir montrer du doigt les pouvoirs locaux qui augmentent leurs impôts locaux comme étant de mauvais gestionnaires, alors que le pouvoir central se permet de mettre en place bouclier fiscal et autres niches pour nantis.
Au total, le taux de prélèvements obligatoires qui rassemble les impôts de toutes sortes mais aussi les cotisations sociales tourne autour de 43% du PIB depuis une dizaine d’années. Donc pas de baisse du tout. Ou plutôt, baisse des prélèvements faits par l’État et hausse conséquente des impôts locaux. Mais n’accusez pas le département, la région ou votre commune : ils doivent se substituer de plus en plus à l’État.
Ainsi, à propos du RMI , le ministre de l’Intérieur écrivait le 20 décembre 2007 « en revanche, il est impossible de proposer la compensation intégrale du transfert du RMI avec une révision chaque année en fonction du niveau de la dépense. À l’opposé de l’objectif de responsabilisation des élus locaux dans la gestion de leurs politiques, cela consisterait à demander à l’État de régler, année après année, les factures que leur présenteraient les départements ».
La messe est dite. L’État qui fixe les règles d’attribution du RMI refuse d’en assurer les dépenses. C’est donc aux citoyens de payer en voyant leurs impôts locaux flamber. Au final, au lieu de privilégier l’impôt sur le revenu qui est le moins injuste, l’État préfère s’appuyer sur la fiscalité locale injuste et anachronique faute d’avoir été réformée depuis des lustres. Comme disait le regretté Coluche : « nous sommes tous égaux mais certains sont plus égaux que d’autres ».

 Charles Durand
Le Brûlé - Saint-Denis - La Réunion
 


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