Di sak na pou di

J’ai vu passer le Letchi orbital…

Témoignages.re / 2 janvier 2013

Ce dimanche soir, dans le ciel de La Réunion, j’ai vu passer le Letchi de Sainte-Rose. Passons sur la coquille qui, dans le texte du communiqué, annonçait le passage pour le dimanche 30 décembre 2012. Plusieurs lecteurs ont signalé l’erreur, mais toutes les personnes intéressées avaient rectifié d’elles-mêmes, et de toute manière, la date était correcte dans le document d’information avec la carte du ciel.

Ainsi donc, un peu avant 20 heures, j’étais quelque part entre la Soucoupe Volante et Bourg Murat pour bénéficier du ciel plus lumineux en altitude. Mais il y avait au-dessus de La Plaine des Cafres quelques nuages à l’avenir incertain, et pour lever ce risque, je suis monté sur la route du Volcan jusqu’au vieux rouleau compresseur, entre la petite forêt de cryptomérias et le Nez de Bœuf, et c’est de là que j’ai fait l’observation. Le soleil était couché, mais l’horizon était encore clair, et malgré la distance, les lumières de Saint-Pierre et du Tampon entretenaient un très léger fond de luminosité sur l’ensemble du ciel, partant de l’Ouest et diminuant en allant vers l’Est. Ce n’était pas la nuit noire espérée, mais il fallait faire avec.

En regardant vers le Nord, je n’ai eu aucun mal à reconnaître le Carré de Pégase, quatre étoiles très brillantes délimitant un carré pratiquement vide d’autres étoiles. Partant du coin Est, j’ai trouvé la ligne des trois étoiles qui prolongent le carré, et sous la deuxième, Mirach, la plus brillante, il y avait cette petite lueur diffuse, la Galaxie d’Andromède, la seule visible à l’œil nu parmi les milliards de milliards de galaxies qui peuplent l’Univers. Toutes les autres étoiles que l’on peut voir dans le ciel appartiennent à “notre” Galaxie.

En quelques minutes, mes yeux s’étaient accoutumés à la semi-obscurité, mais quand l’heure prévue de 20h04 est arrivée, je n’ai rien vu du côté d’Andromède. Les secondes passaient, et invisibles à mon regard, le Letchi et sa boite défilaient certainement sur leur trajectoire. Je cherchais le long de la ligne qui joint l’étoile Mirach à Shératan, l’une des cornes du Bélier, et à 20h05, à mi-distance entre ces deux étoiles, j’ai vu ou plutôt entrevu une infime petite lueur montant dans le ciel.

Là, j’ai appliqué un vieux truc que connaissent tous les militaires : au lieu de regarder directement vers la petite lueur, j’ai regardé un peu à côté, et du coup, la petite lueur est devenue un petit point de lumière plus facile à suivre dans son déplacement. L’explication, c’est qu’au centre de notre rétine se trouvent les « cônes » sensibles aux couleurs, tandis que les « bâtonnets », plus sensibles aux faibles luminosités, mais monochromes, sont plus nombreux en périphérie de cette zone centrale. C’est aussi pour cela que le soir, tous les chats semblent gris.

J’ai pu suivre le Letchi pendant deux bonnes minutes. Le point lumineux défilant est devenu progressivement un peu plus brillant, un peu plus visible, jusqu’à 20h06, où en tout juste dix secondes, il est passé à 540 km pratiquement à la verticale de notre île. Et puis le point a diminué d’intensité, jusqu’à 10h07 où il s’est perdu dans une petite nébulosité du côté du Volcan. Je ne l’ai pas retrouvé à la sortie du nuage. La lueur était redevenue trop faible avec la distance, déjà près de mille km de nous.

En réalité, je n’ai pas “vu” notre Letchi. J’ai simplement vu le reflet du soleil sur la structure gonflable expérimentale de quelques mètres de diamètre à l’intérieur de laquelle il flotte en impesanteur en compagnie de quelques autres objets symboliques. Mais depuis le célèbre mouton de Saint-Exupéry, tous les Petits Princes savent bien qu’un Letchi dans sa boite orbitale est encore plus beau, encore plus rayonnant…

Guy Pignolet de Sainte-Rose

(Le pays du Letchi orbital)


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