Di sak na pou di

« Je suis blanc et, de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… »

Témoignages.re / 15 juin 2010

Je n’arrive pas à croire que de tels propos aient pu être tenus sur le sol de la République française. Terre des droits de l’Homme. Celle qui clame haut et fort “Liberté, Egalité, Fraternité”.
J’aurai beau me dire choquée, indignée, scandalisée, rien n’y fera. Ces misérables faits se sont produits, ces bas propos ont été tenus.
Je crois que je serais plus sincère si je disais que tout cela me désespérait.
J’ai 25 ans et je suis désespérée.
La fougue de la jeunesse me reviendra sûrement, mais pour le moment, je me sens pour ainsi dire abattue.
Désespérée parce que je me demande ce qu’on a raté, où on a échoué pour que notre société soit encore capable de produire de tels individus.
Abattue parce que je me demande au final ce que nous avons fait, nous, Réunionnais, qui avons connu l’esclavage, la colonisation pour combattre ce genre d’attitude. Pour dénoncer le racisme, défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et surtout revendiquer l’égalité des cultures, cette fierté qui est la nôtre d’être la seule terre au monde capable d’unifier dans l’harmonie et le respect tant de civilisations…
Qu’avons-nous fait pour affirmer notre identité après les trois siècles d’asservissement que nous avons connus ? Pour dire : « nou lé pa plus, mais surtou, nou lé pa moin ». Nous avons certes acquis l’égalité sociale par la loi du 19 mars 1946, mais dans les faits, tant que nous ne prendrons pas la responsabilité qui est la nôtre pour être les acteurs du développement de notre île, nous resterons des assimilés, des colonisés ! Ca y est, la fougue revient…
Les propos de ce monsieur nous ramènent à une époque qui est censée être révolue, époque où les nouveaux arrivés sur l’île se croyaient légitimement détenteurs d’un droit de propriété sur les peuples autochtones, avec toutes les dérives que l’on connaît et en particulier les viols innombrables de nos courageuses aïeules esclaves et engagées.
Cette affaire, ce scandale est bel et bien l’illustration que si dans les faits et dans le droit, cette époque est révolue, dans les esprits, le mépris et le refus de considérer l’autre comme étant son égal demeurent. Sur nos 3 siècles et demi d’histoire, nous avons connu 2 siècles d’esclavage, 1 siècle de colonisation… 3 siècles où l’on a refusé de nous considérer comme des êtres humains à part entière. Le silence assourdissant autour de cette affaire montre combien notre société porte encore les stigmates et les scories de l’époque coloniale. Dans l’hexagone, de tels propos auraient fait scandale. Ici, on préfère faire l’autruche, « c’est un cas isolé », dit-on. Oui, vous savez, c’est comme ce qu’on dit à propos de l’esclavage à La Réunion : il n’y en a pas vraiment eu…
Sous les Tropiques, après tout, on a un peu le droit de dire ce qu’on veut, le droit, la justice, tout ça, on en use quand ça nous arrange bien…
Oté ! Alon défen’ un coup nout droit ! Réyoné, sort dan fénoir, dobout’ un coup pou di : nou lé fiers d’être Réyoné, nou lé pa moin, nou lé kapab, RESPEKT A NOU !

Emilie Assati


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