Di sak na pou di

Joël Mongin joue au sociologue de la société réunionnaise

Témoignages.re / 16 février 2012

En retrait, voire totalement absent des diverses manifestations autour du prix des carburants et du gaz, Joël Mongin fait parler de lui en jouant au sociologue de la société réunionnaise. Je considère son intervention méprisante et totalement fausse concernant les Réunionnais.

C’est ainsi qu’il a délivré un message, vendredi dernier, dans une interview à “Imaz Press Réunion”. Selon lui, « il n’est pas dans les mœurs des Réunionnais de se mobiliser ». Dans une posture semblable à celle de Claude Guéant qui considère qu’il y a des civilisations supérieures à d’autres, Joël Mongin classe le peuple réunionnais dans la catégorie de ceux qui ne sont pas capables de faire valoir leurs droits. Quand il affirme : « les manifestations ne sont pas entrées dans les mœurs des Réunionnais », je crois entendre en écho le discours de Dakar en 2007 de Nicolas Sarkozy prétendant que « l’Homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

C’est le dogmatisme de celui qui juge les autres sur les apparences, d’autant plus qu’il les connaît mal. Joël Mongin peut-il tenir un tel discours après toute la campagne d’information menée en 2011 par le Comité Elie sur la révolte des esclaves de Saint-Leu ? Peut-il tenir avec sérieux un tel discours après les luttes menées depuis des décennies par les dockers, les planteurs et bien d’autres acteurs de la vie économique, sociale, culturelle, sportive, éducative de La Réunion ?

Joël Mongin a le paternalisme facile d’un maître qui fixe les objectifs : « il faut qu’ils se prennent en main. Mais je pense que ça viendra petit à petit ». Il se fait le juge à la fois du passé, du présent et du futur de tout le peuple réunionnais ! Il voudrait faire croire qu’il se soucie de La Réunion alors qu’il n’est préoccupé que de son rôle. « Je n’ai plus rien à prouver », dit-il, pour expliquer son effacement d’aujourd’hui, et pourtant, les problèmes d’augmentation des carburants et du gaz sont toujours là. Faire ses preuves était donc l’enjeu des manifestations de 2008 où il jouait à faire la vedette ?

Au-delà des fanfaronnades de Joël Mongin, ces propos et la crise des carburants sont l’occasion de poser des questions majeures. Qu’entend-on par mobilisation ? Passe-t-elle uniquement par une démonstration de force, cris et gesticulations de quelques-uns qui disposent de gros moyens de blocage ? L’essentiel n’est-il pas de mettre en action le plus de citoyens possible pour faire bouger les lignes ? Or, il est frappant, dans l’entretien de Joël Mongin, de sentir qu’il y a de fortes réticences à élargir… la mobilisation puisqu’il dénigre la participation des associations de consommateurs et d’usagers. Quelle contradiction ! Il affirme que la mobilisation n’est pas dans les mœurs des Réunionnais et, précisément, quand le front s’élargit, il juge que c’est du « vent ». La bataille sur le prix des carburants et du gaz, est-ce une bataille corporatiste ou pour tous ?

Si on s’interroge sur les enjeux de ces manifestations récurrentes concernant le prix des carburants, d’autres questions apparaissent. Il est certain que, dans l’état actuel des choses, ces hausses pèsent de plus en plus lourd dans le budget des ménages et dans les frais de fonctionnement de nombreuses entreprises. C’est un facteur aggravant dans le contexte de crise économique et sociale. Mais elles soulignent aussi la dépendance généralisée vis-à-vis d’énergies fossiles dont le coût ne pourra qu’augmenter à cause de la raréfaction du pétrole et des velléités sur les marchés dans le seul but de faire du profit.

Face à cette réalité, suffit-il de revendiquer une baisse du coût alors que nous n’avons aucune influence sur l’extraction, la production, l’exportation, l’acheminement et la distribution du carburant et du gaz ? Qu’elle est la nature des pseudo négociations ? Oui pour la lutte contre le monopole de la SRPP, mais non au poker menteur qui consistera à diminuer la part des recettes publiques ou à diminuer les investissements en faveur des autres secteurs que sont l’éducation, la santé, la culture et le vrai transport (en commun) au profit d’une seule catégorie professionnelle.

Cette crise est de nouveau l’occasion de se pencher sur les solutions pour l’avenir. L’automobile ne peut plus être dans notre pays le symbole du progrès, celui de la modernité, de la promotion sociale, et encore moins de la liberté. Il suffit de regarder les kilomètres d’embouteillages tous les jours du matin jusqu’au soir. Il y a quarante ans de cela, le penseur Ivan Illich avait fait le calcul qu’en tenant compte du temps de travail nécessaire à l’achat de la voiture et de son entretien, du temps passé dans les embouteillages, au final, la voiture faisait tout juste du 6 km à l’heure. Il y a quarante ans…

La mobilisation à laquelle je convie les Réunionnais, c’est celle de la réflexion sur la validité de nos pratiques, sur la réalité de nos dépendances, sur l’évaluation des moyens à notre disposition pour changer en profondeur, car nous allons dans le mur.

Joël Mongin estime avec mépris qu’« ici, les gens sont surtout solidaires de la langue ». Eh bien, oui ! Si on commençait par débattre de ce que les Réunionnais veulent vraiment et durablement pour l’avenir, de ce qu’ils sont prêts à faire pour y arriver. Ce serait probablement plus productif que de rouler des mécaniques.

 Eric Alendroit 


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