Di sak na pou di

Julien Araye : l’un des nôtres

Témoignages.re / 7 novembre 2009

Il y a un mois mourrait Julien Araye, fils de Charles. Fils de Charles, c’est ainsi que le désignait l’administration du CEG de Piton Saint-Leu car il fallait, les examens de fin de Troisième approchant, pouvoir le distinguer de son homonyme né le même jour, le même mois et la même année. Certes l’un et l’autre avaient, comme de nombreux Réunionnais d’origine indienne, un second prénom, mais que l’état civil et l’administration ignoraient superbement. Dans la décennie 50, Maître Kichenin n’avait pas encore créé TRIDENT, le mot tamoul n’avait pas encore cours, l’identité culturelle impensée. Exit Samy car tel était en réalité son autre prénom. Fils d’une famille nombreuse et miséreuse, Julien Araye va être, comme de nombreux d’entre-nous, pris en charge par une équipe pédagogique qui ne ménageait pas sa peine, ni son temps pour nous pousser le plus loin possible dans les études. Le plus loin possible dans ce CEG de quartier, peu doté, où l’usine, celle de Stella, semblait être notre horizon indépassable, c’était décrocher pour les meilleurs élèves le Brevet élémentaire, et pour deux ou trois des plus doués le concours d’accès à l’école normale d’instituteurs. Julien Araye fut de ceux-là, fierté du CEG qui, des années durant, fournit son contingent de normaliens, situation peu courante dans l’état scolaire d’alors. Fierté des siens et avec les études secondaires prises en charge, l’entrée dans un monde dont on pouvait espérer qu’il pouvait nous permettre d’accéder à autre chose qu’à un "bon" travail à l’usine. Se résigner n’était pas le verbe le plus conjugué au CEG. Se résigner ni à l’ordre des choses, ni à l’injustice sera au principe de sa vie de lycéen puis d’adulte. Le Bac décroché, l’entrée dans la carrière d’instituteur réussie, Julien n’oubliera ni milieu familial, ni milieu scolaire, ni valeurs au fondement de sa réussite. Transmettre aux autres et les faire à leur tour bénéficier de ce dont il a eu la chance de recevoir de ses enseignants fut sa règle, comme instituteur, puis conseiller pédagogique et directeur de SEGPA. Transmettre dans les établissements où il exerça et aux siens également : la soif d’apprendre, le refus du fatalisme, la volonté de réussir. Mais transmettre aussi dans un même mouvement sa foi de catholique. Une foi qui l’avait un moment conduit sur les bancs du petit séminaire de Cilaos et qui n’était pas non plus dissociable de sa culture tamoule. C’est ainsi qu’il s’était engagé aux côtés de quelques autres dans de multiples mouvements d’église et particulièrement au Sédiram, centre travaillant à conjuguer foi catholique et culture tamoule. La retraite arrivée, c’est du côté de l’APN qu’il trouva un autre terrain d’engagement avec une passion inaltérée : transmettre et partager.

Des Anciens du CEG de Piton St-Leu



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Messages






  • Bonjour,
    Professeur à la retraite, j’ai eu Julien comme stagiaire lors de sa formation comme directeur d’établissement spécialisé au CNEFASES de Beaumont sur Oise.
    C’est avec surprise et un profond chagrin que par hasard je viens de découvrir son décès.
    J’aimerais pouvoir exprimer mes sentiments à son épouse et à ses trois enfants qui m’avaient si gentiment accueilli chez eux lors de ma venue sur l’ile de la réunion en 1988.
    Pourriez-vous me fournir leurs coordonnées.
    Avec mes remerciements anticipés

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