Di sak na pou di

Ko Sa ?

Témoignages.re / 7 octobre 2013

La page “forum” du JIR de ce 5 octobre fournie par Monsieur Thomas Kocek nous délivre une curieuse conception de ce qu’il décrit comme la « nouvelle réalité » d’une école supérieure d’art « incubateur de création ». Opposant la « vision moderne et démocratique » (!) à la vision « nostalgique et réactionnaire que les élus peuvent avoir de leur politique culturelle », il a au moins le courage de lever le voile sur sa personnalité respectable.

Son regard sur La Réunion peut difficilement être digéré, quand il la situe à un carrefour : « se replier sur des anciens modèles qui mettent en exergue un nostalgique “vivre ensemble”, et se couper progressivement au monde extérieur, dont le thème de “préférence régionale” se fait progressivement le chantre, ou alors entrer de plain-pied dans un monde moderne basé sur le tout collaboratif où l’identité individuelle et la destinée personnelle ont primauté sur une identité collective devenue facteur d’enfermement et d’étouffement ».

Comment peut-on prétendre que le fait de vivre ensemble coupe du monde extérieur et que l’identité collective ne produit que de l’enfermement ? C’est nier notre propre histoire et celle de l’humanité.

Cette hymne me fait penser à l’alerte lancée par Alain Touraine en 1992 dans sa “Critique de la modernité” : la dissociation complète du monde technique et économique et du monde des personnes vivantes ; un gouffre entre la vie publique réduite à de la programmation technocratique, y compris dans la culture et la vie privée tout empreinte de culture vécue. C’est dans ce gouffre que se trouvait l’espace public social et politique où étaient nées les démocraties modernes. Après tant et tant de combats collectifs que l’on ne peut assassiner, cet espace est déjà en reconstruction à travers tous les “printemps” qui ont produit et continuent de produire ici et partout dans le monde une identité collective, où des personnes et des groupes ont retrouvé par ce “vivre ensemble” le sens de leur existence et leurs motivations d’espérer.

L’action culturelle est le premier espace d’expression de la liberté. Elle n’a rien à voir avec l’invasion culturelle et économique produite par des agents au sein des services culturels des collectivités « pour administrer et gérer » suivant Monsieur Kocek…

N’en déplaise à ce dernier, qui fait le procès de la « préférence régionale », nous considérons la Société comme un être vivant, qui ne pourra donc se développer que si elle obtient une Société non dépendante, sans se contenter par simple délégation d’un minimum de pouvoir de décision.

Le « collaboratif » qu’il prône a un drôle de goût.

 Marc Vandewynckele 


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