Di sak na pou di

L’abstention cacherait-elle la résignation ?

Témoignages.re / 9 mars 2010

De ces suffrages manquants, quel en serait le prix à payer pour La Réunion ?
Celui d’une majorité dépareillée, de nature à décrédibiliser notre vivre-ensemble face aux défis que nous rencontrerons inévitablement ?
À la limite, le nombre de bulletins blancs aiderait à traduire la profondeur d’un malaise, de la sorte confirmé, dont se chargeraient les élus.
Par ailleurs, on peut facilement imaginer l’inquiétude de tous ceux qui se sentiraient seuls à se préoccuper de notre proche avenir à tous.
En tout cas, la génération de vos grands-parents et celle de vos parents, ceux-là épuisés sous le poids du labeur et des ruines de la 2ème Guerre mondiale, ceux-ci légitimement soucieux avec vous de votre avenir, s’étonnent souvent d’entendre : « …, mi vote pas ! Etc… ».
S’abstenir volontairement de voter signifierait, quelque part, laisser notre démocratie aller à la dérive par désintérêt du bien commun !

L’abstention, faute d’avoir opté pour le moindre mal, n’améliorera pas notre vie démocratique.
Notre jeunesse réunionnaise tout comme leurs ascendants, loin d’être « paresseuse, amorphe, indifférente gonflée de prétentions… », offre (trop timidement) une force vive par sa virginité politique. Elle ne demande qu’à approfondir notre démocratie à la française pour ne pas tangenter la ligne dictatoriale !
De surcroît, vous les jeunes, vous êtes majoritaires, et cela ne peut laisser personne indifférent. C’est dire encore que vos parents attendent cette arrivée d’une oxygénation plus fine de notre gouvernance.

En recherchant le meilleur possible, ne nous faisons pas trop d’illusions, surtout quand la démocratie peut en prendre un coup, car les risques sont à la mesure des espérances.
Sans aucune prétention donc, disons que si nous voulons faire l’économie de petites dictatures insidieuses (subliminales,… ?) d’où qu’elles viennent, il conviendrait de souligner qu’un endormissement des élites laisserait place à l’empoisonnement des esprits.
Un “humanisme” à visage humain moderne doit donc s’interroger avec détermination et sans compromission sur ses stratégies.
De nos jours, toute proportion gardée, évidemment, mettons un arc-boutant à la réflexion : Comment, en effet, un peuple qui se vantait, à juste titre d’ailleurs, reconnaissons-le, d’avoir produit tant de grands hommes : Leibniz, Kant, Mozart, Goethe, et tant d’autres, … a-t-il pu assister passivement à la préparation des horreurs « raffinées » rapportées et datées par l’Histoire ?
Après cette marche au pas cadencé par le nivellement vers le bas et dans la soumission intellectuelle, il y a lieu de s’interroger, de nos jours, encore et encore, pour que l’humain reste au centre de toutes les spéculations, tout en réprimant l’hydre des esclavages toujours renaissants sous de multiples formes et à des degrés divers !
Comme pour essayer de résumer, suggérons à notre attention, ce qu’écrivait Jean Rostand (1894-1977) et qui répond adéquatement aux préoccupations et aux virtualités du moment : « Je crois que l’individualité spirituelle de chacun devra être jalousement préservée pour le plus grand avantage de chacun… Ce ne serait pas la peine que la nature fasse de chaque individu un être unique pour que la société réduisit l’humanité à n’être qu’une collection de semblables ». (Réf. École Libératrice du 15/03/1957 ; p. 614).
Par ces temps d’élection, ajoutons-y la fraternité due à nos cent vingt mille victimes de l’illettrisme, en ayant à l’esprit cette affirmation : « … Être exclu de la lecture et de l’écriture est la blessure peut-être la plus profonde que la misère économique et le cynisme politique peuvent infliger au corps de l’homme… ». (Réf : Courrier de l’Unesco – Juillet 1982, … Tahar Ben Jelloun.
Il n’est jamais trop tard pour entreprendre un examen de conscience, car s’exclure des scrutins c’est s’exclure de notre vie démocratique.

Joseph Mondon
(Les Avirons)


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