Di sak na pou di

L’analyse doit-elle céder devant la philosophie ?

Témoignages.re / 20 mars 2012

2016 devrait connaître le 70ème anniversaire de la Départementalisation.
Le 27 septembre 1996, j’étais présent à Paris au Colloque de l’Association France Outre-mer portant sur « un demi-siècle de départementalisation outre-mer ».
Seize ans après, on aurait envie de dire que ce qui nous arrive aujourd’hui était parfaitement analysé à l’époque et que si on avait bien entendu l’appel à « un changement radical d’attitude politique », on n’en serait pas là aujourd’hui.
« Le salut des DOM, disait Anne Marie Le Pourhiet (professeur de Droit public à l’Université de Guyane), ne me paraît pouvoir provenir que d’un rééquilibrage des droits civils et politiques par rapport aux droits économiques et sociaux ».
Curieusement, le Sénateur Jean-Paul Virapoullé, dès l’ouverture, avoue : « On a choisi la voie la plus facile, celle de l’assimilation. Il faut quand même qu’aujourd’hui, avec notre propre culture, notre propre volonté, nous arrivions à tracer la voie de la départementalisation sur le respect de l’identité culturelle, sociale, économique, géographique (des DOM) ». Nous pourrions sans doute lui demander pourquoi il a fait ensuite inscrire dans la Constitution l’assimilation totale, sans adaptation possible des lois françaises ! La vérité venant de sa bouche intéresserait sans doute nos concitoyens d’aujourd’hui, en lui demandant pourquoi beaucoup de nos élites dirigeantes sont devenues de simples mandataires des élites dirigeantes de la société métropolitaine.
Une réponse a été donnée à la synthèse de ce Colloque par Fred Constant (professeur des Universités de Strasbourg, Guyane et Antilles) :
« En fournissant aux Domiens les moyens juridiques et individuels de se passer de leur force collective, elle a chaque jour davantage affaibli la capacité productive, sinon créative des populations concernées…
A mesure qu’ils deviennent individuellement plus “riches”, ils deviennent collectivement plus pauvres.
Cette contradiction repose sur le paradoxe d’une forme originale de décolonisation par intégration, dans laquelle la sortie du système colonial se traduit par un renforcement de la dépendance vis-à-vis de l’État post-colonisateur.
Nous touchons là ce que j’appelle la tragédie du bien commun, tragédie qu’il faudra bien conjurer un jour, vu l’ampleur croissante de l’exclusion sociale outre-mer dont on ne parle pas encore suffisamment. Ici, l’analyse doit céder devant la philosophie… ».
Aurons-nous le courage en recevant nos candidats à l’élection présidentielle de les pousser dans leurs propres contradictions : du développement « endogène » aux simples et éternelles solutions réformistes… l’essentiel étant de maintenir l’hégémonie de la société-mère.
Une seule question devrait nous intéresser : quels droits civils et politiques pouvons-nous négocier afin de nous prendre en main par nous-mêmes sans confondre modernisation et développement ?

Marc Vandewynckele


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