Di sak na pou di

L’armée égyptienne étouffe la volonté des urnes !

Témoignages.re / 13 juillet 2013

Une fois de plus, les chancelleries diplomatiques occidentales, les journalistes des grands quotidiens distillateurs de la pensée unique tendent à expliquer dans des commentaires dont l’objectivité ne constitue point la qualité première que l’armée et les Frères musulmans représentent les deux "Égyptes". Un an, jour pour jour, après l’élection du Président Morsi qui a remporté haut la main cette élection avec plus de 62% des suffrages exprimés (bien plus que le Président Hollande), le général Si’ssi s’empare du pouvoir en faisant un coup d’État militaire à l’issue duquel il met le Président Morsi aux arrêts et procède à l’arrestation d’au moins 400 cadres des Frères musulmans. Il est vrai que le mouvement des frères musulmans a connu depuis sa création dans les années 1920 en Égypte des soubresauts permanents sous le roi Farouk, Nasser, Sadate, Moubarak. A de nombreuses reprises, ses dirigeants furent incarcérés, assassinés, à commencer par son fondateur Hassan Al-Bana’a, lui-même assassiné en 1949. Aussi, comme par le passé, les Frères musulmans défieront cette épreuve.

Les observateurs patentés : intellectuels, politologues, journalistes viennent sur les plateaux de télévision commenter le renversement du Président Morsi par la population lors de ces gigantesques manifestations. Certains emploient même le terme « opposition » pour mieux consolider leurs propos. Il y a quelques années, un Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, déclarait que « ce n’est pas la rue qui gouverne... ». Nul, à l’époque, ne s’avisa à vouloir renverser le Président Chirac. Depuis quelques mois, le Président Hollande ayant atteint des records d’impopularité dans les sondages au terme d’une année de gouvernance, à l’instar du Président Morsi, l’armée ne va pas pour autant le déposer... Récemment, lors des manifestations contre le mariage pour tous, presque 2 millions de personnes occupèrent le pavé de dizaines de grandes villes françaises, fallait-il pour autant mettre aux arrêts le Président Hollande ? Personne n’oserait envisager une telle situation ? Il fallut que la porte-parole de ces manifestants évoquât « le printemps français » pour que le Ministre de l’Intérieur lui réplique que de tels propos s’avéraient inadmissibles dans un État de Droit et qu’ils devenaient constitutifs de troubles à l’ordre public.
Enfin, je rappellerai l’interruption du processus électoral en 1992 en Algérie entre les deux tours d’une élection législative par une junte militaire qui, avec la bénédiction du Président Mitterrand et du Président Bush senior, provoqua une guerre civile qui se solda par un million de morts. Qui souhaiterait un scénario identique en Égypte ?
La volonté des urnes doit être respectée de la même manière à Paris, Londres, Berlin, le Caire et Alger, il n’y a pas de citoyens "mineurs" incapables de décider du devenir de leur pays et des citoyens "majeurs" qui, parce que nés en Occident, deviendraient ipso facto dépositaires d’une Vérité démocratique immuable.

Les citoyens “majeurs” et leurs inspirateurs politico-médiatiques devraient méditer cette affirmation de Feu Edgar Faure : homme politique français très influent de la 4ème République et ancien Président de l’Assemblée nationale : « Oui, le peuple français est le peuple le plus intelligent de la terre. Voilà, sans doute, pourquoi il ne réfléchit pas ».

Luis-Nourredine Pita
(Le Port
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