Di sak na pou di

L’association : acteur de développement

Courrier des lecteurs de Témoignages / 26 juin 2015

Le milieu associatif connait aussi la crise et en particulier là ou il y a du financement public. La capacité contributive de nos associations, et dont nous pouvons être fiers, s’appuie encore, pour exister, sur des ancrages territoriaux forts et une plus-value sociale incontestée.

Mais ce secteur dont on ne peut nier la richesse et le dynamisme ici à La Réunion, connaît malheureusement des fortunes diverses. En effet, devant les nombreuses associations qui continuent à se créer et qui perpétuent par là même l’engagement bénévole, nombreuses sont celles qui jettent l’éponge et mettent la clé sous la porte, quand elles ne sont pas purement et simplement liquidées.
En dépit donc de l’engagement désintéressé de ses bénévoles, l’association à but non lucratif est durement confrontée, entres autres :

  • Aux réalités économiques et sociales qui mettent à mal ses moyens,
  • Aux contraintes budgétaires de ses partenaires publics
  • À la difficulté d’inscrire ses activités dans la durée et par conséquent de préserver les emplois créés
  • Au manque de formation des dirigeants élus face à la spécialisation des domaines d’intervention
  • Aux exigences d’une population en besoin constant d’activités, de soutien et d’accompagnement, que ne peut lui offrir le secteur public et marchand
  • Les associations se retrouvent donc aujourd’hui face à un enjeu : Comment se développer et préserver la finalité sociale et la richesse immatérielle de leur mouvement face à la dégradation de leurs moyens et aux réalités socio-économiques du territoire ?

À La Réunion en 2014, selon les derniers chiffres publiés par la Chambre Régionale de l’Economie Sociale, les structures de l’Economie Sociale et Solidaire (qui regroupe les associations, les coopératives, les mutuelles et les fondations), emploient 22.500 salariés, soit 11 % des emplois salariés. Le secteur regroupe près de 2.000 établissements et 82 % d’entre eux, malgré une diminution, sont des associations. La diversité des domaines d’intervention de ces dernières (Action sociale et santé, sports et loisirs, arts et spectacles, services divers…), permet ainsi de soutenir l’emploi, de répondre à des besoins non satisfaits et de contribuer surtout au mieux être et au mieux vivre ensemble de nos quartiers et de nos territoires.

Les nouveaux contrats de ville signés récemment dans l’île (pour certains en présence du Premier ministre) témoignent de cette volonté de l’Etat et des communes de s’appuyer encore et toujours sur les acteurs de proximité pour garantir la réussite des politiques publiques. Toutefois, l’association ne doit pas être marginalisée dans cette fonction d’exécutrice de tâches publiques, pour ne plus avoir à subir constamment les aléas politiques et la crainte des lendemains.

L’exercice budgétaire des collectivités publiques ne saurait ignorer la réalité de terrain et la plus-value de ces formidables relais associatifs que nous avons la chance d’avoir sur nos territoires. Aussi, il appartient aux décideurs et aux acteurs institutionnels de rassurer et d’accompagner au mieux ces énergies et ces capacités créatrices de nos administrés, au lieu de les mettre à mal par des sanctions budgétaires aux effets lourds de conséquences.

Il est vrai que les finances des collectivités sont exsangues et on ne peut qu’adhérer aux efforts d’économies de ces dernières, si tant est qu’ils préservent l’intérêt général. Par contre, on aurait tort de vouloir gérer le monde associatif, uniquement à travers le prisme de la diminution voire de la suppression de subvention.

On oublie trop souvent l’humain. On ne mesure plus à sa juste valeur, l’engagement désintéressé de ces femmes et de ces hommes qui œuvrent constamment dans leur quartier, leur cité, pour le bien du plus grand nombre. On a tendance à banaliser la plus-value sociale et également économique, générées par les activités associatives.
Car le mouvement associatif n’est pas à la marge de l’économie, bien au contraire. Simplement, son souci est de privilégier la dimension humaine de son projet au lieu de chercher la rémunération du capital.

Cependant, face à la rareté des fonds publics, les associations doivent aujourd’hui diversifier leurs activités, « hybrider » leurs ressources financières, fédérer et mutualiser les moyens, pour garantir la viabilité de leur projet associatif et de leur organisation. Il s’agit là pour les associations de contribuer à une meilleure mise en œuvre des politiques publiques, à une insertion durable par l’activité économique et à la confortation du lien social généré par leurs activités.

Il est donc primordial de préparer ces structures aux logiques de management du secteur marchand tout en veillant à privilégier les critères d’utilité sociale, de gouvernance démocratique et de non-lucrativité individuelle, qui caractérisent leur existence. L’IRTS et l’Université de la Réunion (via l’IAE) s’y attèlent déjà avec des formations spécifiques de haut niveau (Licence Pro et Master 2). Ces efforts de professionnalisation sont une garantie pour l’avenir des structures et un atout considérable vis-à-vis des partenaires.

Enfin, en plus d’être formée, la vie associative a besoin également d’unité et de visibilité. À l’échelle de notre département, la création d’un espace d’échanges, de concertation, de coordination et de proposition, qui regrouperait l’ensemble des acteurs publics et privés du secteur, gagnerait à rendre plus cohérentes, plus sures et encore plus efficaces, les actions engagées au service du développement de la Réunion et des Réunionnais.
L’association Loi 1901 doit réaffirmer la noblesse du « faire-ensemble » et le souci de l’intérêt général de son projet.

Henry Hippolyte


Kanalreunion.com