Di sak na pou di

L’École et la République

Georges Benne / 12 février 2015

Les événements tragiques survenus à Paris les 7, 8 et 9 janvier derniers ont fait resurgir l’impérieuse nécessité d’une véritable réforme de l’enseignement. « Il est des circonstances où l’importance de l’école apparaît plus décisive. C’est ce que nous vivons aujourd’hui », s’est écrié le Président de la République qui voudrait faire de l’éducation la priorité de son quinquennat. Mais « l’ école ne peut à elle seule résoudre tous les maux de la société. » a-t-il ajouté, montrant par là les limites du système éducatif qui dépend, quoiqu’on dise, du système politique en place, dont il ne peut être que le reflet et l’expression. C’est pourquoi toutes les réformes antérieures, lancées pourtant avec les meilleures intentions du monde, ont à chaque fois tourné court.
Il pourrait en être également du « plan de mobilisation de l’école pour les valeurs de la République », présenté avec solennité par le Président Hollande. Comme de toutes les mesures minutieusement détaillées par la ministre de l’éducation touchant à la défense de la laïcité, à la restauration de la discipline ou au respect de l’autorité des maîtres… Quant au « parcours éducatif de l’école élémentaire à la terminale », appelé « parcours citoyen », il risque à son tour de connaître le même sort si les conditions ne sont pas remplies.

Et quelles sont ces conditions ? Elles tiennent essentiellement dans la place qui est faite à la République. Oui, à la République, plus souvent citée que réellement appliquée. Tant qu’elle restera un mot en l’air, comme au fronton des mairies et autres bâtiments publics, tant qu’elle ne sera qu’un simple postulat auquel personne ne croit guère, tant qu’elle ne rentrera pas dans les faits, et, pour faire bref, tant qu’elle ne s’incarnera pas, rien ne changera fondamentalement. Le philosophe Alain avait raison quand il écrivait : « La justice n’existe point ; la justice appartient à l’ordre des choses qu’il faut faire parce qu’elle n’existe point. La justice sera si on la fait. » Nous pourrions dire exactement la même chose de la République. La République sera si nous la voulons.

Dans sa conférence à la presse du 5 février, nous avons entendu le Président citer à plusieurs reprises le mot République, dont il a décliné la sublime devise ; nous l’avons même entendu reprendre le terme, si cher à Ségolène Royal, de « démocratie participative », hier critiqué de toutes parts, maintenant employé à toutes les sauces. Puisse le Président sortir de cette incantation, coutumière aux hommes politiques, et passer à l’action pensée et réfléchie, concertée avec l’ensemble des citoyens, afin de donner toute l’impulsion nécessaire à la construction de la République.

Liberté, Égalité, Fraternité, voilà les trois grands mots fondateurs, qui sont à la fois indissociables et d’une portée universelle, auxquels nous devons consacrer toute notre attention, toute notre intelligence, là où nous nous trouvons, à la maison, dans la cité, à l’école, et pourquoi pas dans le « parcours éducatif » !


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