Di sak na pou di

L’égalité en politique : une mission impossible ?

Mais où sont les femmes ?

Témoignages.re / 15 avril 2011

Plus de 60 ans après l’obtention du droit de vote par les femmes, pourquoi est-ce encore si difficile l’égalité républicaine ? Peut-on parler de démocratie là où l’égalité entre les hommes et les femmes n’est ni assurée, ni respectée ? Pour dire vrai, la condition féminine ne progresse plus. Elle se dégrade à tout point de vue : sociale, économique, culturel et politique.

Femmes, les oubliées des instances décisionnelles ?

La loi du 26 février 2008 était censée « renforcer la parité au sein des conseillers généraux ». La loi impose seulement que le suppléant soit de sexe différent. Ce dispositif a généralisé la relégation des femmes aux fonctions de subalterne. Les 20 et 27 mars, les femmes n’ont été que « les roues arrières ».
Vous croyez peut-être que j’exagère ? Regardez la photo de la commission permanente du 31 mars 2011 et publiée dans les médias le 1er avril 2011. Rassurez-vous, ce n’est pas un poisson d’avril. Elle est particulièrement choquante. Aucune femme ne figure dans la liste des 14 vice-présidents. S’agit-il d’un raté de la diversité citoyenne ou bien une entreprise d’exclusion systématique ?

Pourquoi cette pratique ?

Les femmes sont élues mais n’accèdent pas forcément à des vraies responsabilités ou du moins une fois élue, elle ne sert que de décor.

Et dire que toute cette mascarade s’est déroulée 12 jours après les célébrations de la journée internationale de la femme, le 8 Mars.
La parité ne doit pas se réaliser sous le seul prétexte que les femmes sauront apporter une dimension nouvelle à la vie politique en raison de spécificités particulières. C’est à égalité que les femmes doivent pouvoir prendre part dans les débats et elles ne doivent pas être cantonnées à des domaines « prédestinés ».

Depuis longtemps, les femmes ont toujours lutté pour un égal accès aux responsabilités politiques. Non pas parce qu’elles considéraient que les femmes allaient apporter une autre manière de faire de la politique mais parce que la façon dont on organise la sphère publique est un reflet de la façon dont on organise l’ensemble de la société.

Se battre pour l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités est donc aussi un moyen de faire évoluer les mentalités et la réalité en matière des droits des humains.

En politique, comme partout, rien n’est donné, tout est conquis. Les femmes ne doivent pas s’attendre à des cadeaux. Si elles comptent sur la solidarité féminine (qui est loin d’être acquise !) qu’elles n’oublient pas qu’existent également une solidarité masculine dans un parti où les hommes sont largement majoritaires, une solidarité de courant qui fait du quota un peu comme le tracé des routes : on est toujours d’accord (ou même de fervents partisans) mais quand cela ne remet pas en cause ses intérêts.

Les femmes et le pouvoir... Une histoire paradoxale

Si le monde a progressé depuis les débuts du militantisme pour les droits des femmes, il n’a pas encore vaincu les oppositions et les rapports discourtois entre l’homme et la femme. Mais le pire, c’est le regard plein d’hypocrisie entre la femme et la femme.
Des femmes se sont démarquées lors des élections cantonales récentes. Au total 3 femmes fondent la majorité. Deux femmes ont été élues à Saint-Paul et à Saint-André, deux communes dirigées par des communistes. Pourquoi aucune de ces femmes n’a-t-elle pas été retenue sur un poste de vice-présidente ? Cela dépendait des maires. Qu’est devenu le Combat de l’UFR à travers sa présidente Huguette Bello ? N’était-ce pas là, l’occasion de faire valoir la cause des femmes ? La présidente de l’UFR en avait là doublement l’occasion de placer au moins une dans cette sphère d’homme ; d’ailleurs, durant cette campagne, ces 2 seules femmes élues sur leur propre nom avaient mis en avant leur appartenance à l’UFR ! Cela aurait été un beau combat des femmes réunionnaises.
Et dire que tous les maires s’étaient fait fort d’honorer en grande pompe la Journée de la femme les semaines précédentes. Est-ce à dire une cause qu’ils oublient ou occultent hors du champ des caméras de télévision et une fois fermés les micros des radios ? Ou bien « touche pas à mon poste » ?

Quel système démocratique pour juguler les effets néfastes et inégalitaires du système actuel ?

Comment des hommes et des femmes politiques censés représenter l’ensemble des citoyennes et des citoyens peuvent-ils s’obstiner, par des railleries hors d’âge, à tenter de rendre illégitime l’accès des femmes au pouvoir politique ? Ne font-ils pas ainsi preuve d’une étrange et inquiétante surdité envers leurs concitoyennes et concitoyens ?
La parité devient un principe qui interpelle la pratique démocratique et la refonde. Parce que l’humanité n’est pas unisexe, il n’est pas normal qu’une seule composante s’attribue tous les pouvoirs, tous les leviers de commande pour gérer « la maison commune ».
Un sort parfois entretenu inconsciemment ou consciemment par la femme elle-même qui pour ses intérêts personnels oublie qu’elle est là aussi pour défendre d’abord la femme-victime, au lieu de jouer un homme contre un autre.

Il n’y a plus de temps à perdre

Avec la réforme des collectivités territoriales, votée en 2010, l’élection des conseillers territoriaux se fera au suffrage uninominal à 2 tours, sans obligation de parité, ce qui fera chuter la part des femmes dans ces conseils qui ne comptera plus que 49 conseillers contre 94 actuellement.
On voit bien que le combat est loin d’être gagné pour assurer la représentation des femmes dans les assemblées élues. Il est temps aujourd’hui de partager les pouvoirs. La parité s’impose comme un projet égalitaire et révolutionnaire. Plus que jamais, les femmes doivent se battre pour une application législative d’un mandat unique, dès les prochaines élections, tout en recherchant une formule paritaire pour la présidence de la République.

 Simone Yee Chong  


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