Di sak na pou di

L’enseignement, c’est beau

Témoignages.re / 18 août 2010

J’ai exercé pendant près de vingt ans ce beau métier d’enseignant. L’enseignement, c’est beau… si on y est bien préparé...
Ce n’est qu’en étant bien conscient de tout ce que le métier d’enseignant implique que l’aspirant enseignant pourra s’épanouir pleinement dans cette profession. Pour enseigner, de nombreuses vertus sont nécessaires.
Mon parcours dans l’enseignement a été contre vents et marées, riche en événements, de bonheur et de satisfaction professionnelles. J’ai choisi ce métier pour être en contact avec les jeunes, pour leur transmettre un savoir, des connaissances. Des jeunes qui, à leur tour, pourront éventuellement faire de même auprès d’autres jeunes. Il faut les former pour qu’ils puissent affronter l’avenir avec sérénité et pour qu’ils ne soient pas victimes des fléaux sociaux.
Être enseignant (cela a été ma bible), c’est avoir une ouverture d’esprit et une capacité à jongler entre toutes les disciplines qui constituent cette filière. J’ai toujours considéré que mon rôle d’enseignant c’était d’avoir un comportement adapté à chaque situation.

Je l’avais choisi très jeune, par amour, par passion. C’est la base de mon avenir personnel et professionnel.
Il faut prodiguer des conseils à ceux qui souhaitent s’engager dans ce secteur. De ce beau métier, il faut voir le côté positif. Il nous appartient, les anciens comme les nouveaux enseignants, les élèves et les étudiants en général, d’affronter la modernité aussi bien que les moyens plus traditionnels comme la presse écrite et orale… Ainsi, viennent l’intérêt, la volonté de réactualiser nos connaissances, qui sont de nos jours des qualités indispensables. L’enseignant est appelé à connaître les sources d’informations citées plus haut, pour aider les élèves et les étudiants, à trier et à s’y retrouver.
Si, enseigner, c’est en grande partie de la théorie, il appartient à l’enseignant de tenir compte de son environnement. L’enseignant qui parle des “quatre saisons” et de “la moisson” met un décalage dans l’esprit de l’enfant et peut le traumatiser, parce que celui-ci aura du mal à comparer, lui qui voit la mer, le soleil et la coupe des cannes. Il est complètement désorienté. C’est facile quelques années plus tard d’accuser les Réunionnais de paresseux. J’ai même entendu un chef de service de l’État traiter notre peuple d’inculte !… Il faut constamment adapter notre façon d’enseigner à notre réalité locale, en tenant compte, bien sûr, des programmations nationales établies.

L’enseignement est un métier sérieux, mais il faut savoir manier l’humour pour se dégager de certaines situations, et ne pas avoir peur de prendre de la distance avec son statut. J’irai plus loin : enseigner doit être considéré comme un métier humanitaire, au même titre que d’autres professions habituellement considérées comme telles. Il pourrait contribuer à rehausser l’image de l’enseignement auprès des parents d’élèves et des jeunes susceptibles de s’orienter vers cette voie, leur montrer que l’enseignant doit aussi être un peu sociologue, psychologue.

De nos jours, l’enseignant englobe différentes notions qui deviennent indispensables pour la pratique de son métier. C’est évident que le niveau des enseignants a augmenté, de même que les capacités des élèves à acquérir des connaissances. Je regrette que celui qui débarque dans l’île a de suite un aspect négatif. Il faut réajuster le tout pour répondre correctement aux attentes exigées de l’institution, des parents et des élèves eux-mêmes. Pour être enseignant, il faut s’attendre à tout et savoir que tout n’est pas rose...

L’enseignant est un comédien, un acteur. Il doit jouer plusieurs rôles. Il est l’instructeur, celui qui détient le savoir et le droit d’inculquer et non d’écraser l’autre. Il ne doit pas se montrer comme un chef avec sa supériorité. Cela nous renvoie cinquante ans en arrière à une idée du pouvoir.

Chaque enfant est différent. Les attentes, les besoins de chacun d’eux le sont aussi. Et pour le métropolitain enseignant qui débarque ici, souvent enfermé sur lui-même, il faut d’abord qu’il s’adapte et qu’il se diversifie, mais pas qu’il ait des idées préconçues. L’enseignement doit se donner en passion. Il doit encourager les élèves à apprendre, à découvrir par eux-mêmes et à transmettre leur savoir-faire.
Il faut tenir compte du fait que les classes sont de plus en plus hétérogènes, non seulement au point de vue de la culture, mais aussi du niveau de connaissances des élèves. Cela oblige le professeur à être ouvert à d’autres cultures et à faire preuve d’adaptation de ses compétences. Il faut être ouvert à certaines rénovations appliquées, aux nouvelles méthodes didactiques. Ainsi, il faut s’adapter au changement, lorsqu’il est nécessaire.

Il est important de préciser que, si l’enseignant a droit à tant de vacances, c’est qu’il en a besoin : ce métier épuise. Si les professeurs ne possédaient pas ces temps libres, ils seraient poussés à la dépression. Car leur métier ne se résume pas au temps d’heures effectuées en classe : il exige tout un travail à l’extérieur (réunions, préparations des cours, corrections...). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le salaire attribué aux enseignants est largement mérité.

J’ai trop longtemps entendu, pendant ma vie professionnelle, que le peuple réunionnais est un peuple inculte, un peuple paresseux. Comme le dit si bien Daniel Vabois : « Goyav de Frans lé pli dou ke goyav la Rénion ».
Non, non et non ! Notre peuple n’est pas inculte ! Il fourmille de femmes et d’hommes de valeur. Que ceux qui débarquent dans notre île apprennent notre histoire avant de dire des hérésies.
Nous avons tous à y gagner…

Marc Kichenapanaïdou



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  • Je vous bats, M. Kichenapanaïdou, car j’ai exercé le même beau métier pendant 42 ans (oui, j’ai joué les prolongs !) dont la moitié à la Réunion. Je suis d’accord avec tout ce que vous dites, sauf un point : parler aux enfants de ce qu’ils ne connaissent pas, la neige, les moissons... ne les traumatise pas mais leur ouvre plutôt l’esprit. A condition, évidemment, d’expliquer, on est même là pour ça : "La nuitt l’a tomb quatr hèr ? Cà l’est mentèr ! - Non, mais vois-tu..." Personnellement, si je n’avais pas lu, à l’école ou ailleurs, tant de textes sur des pays lointains quand j’étais marmaille, j’aurais eu moins envie de les découvrir. Je suis Zoreil et l’"aspect négatif" m’a complètement échappé ! Mes années à la Réunion ont été les meilleures et les plus belles de ma vie professionnelle et, sans la maladie, j’y aurais pris ma retraite et fini mes jours. Bien cordialement.

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