Di sak na pou di

« L’Europe doit continuer à soutenir cette filière qui reste le pilier de l’agriculture réunionnaise »

Témoignages.re / 15 mai 2013

Voici une lettre de la Chambre d’agriculture de La Réunion, sous la signature de Jean-Yves Minatchy, président du Comité paritaire de la canne et du sucre et 2ème vice-président de la Chambre d’agriculture chargé des Affaires agricoles, adressée à Dacian Ciolos, commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural.

« Monsieur le commissaire,

La profession agricole réunionnaise est très inquiète sur l’avenir des filières agricoles locales et du développement de l’agriculture à cause de la révision en cours du POSEI (Programme d’option spécifique à l’éloignement et à l’insularité).

Les propositions issues de la réforme de ce programme qui consistent à ne plus aider les filières traditionnelles au profit des autres filières de diversification nous surprennent parce qu’elles ne correspondent pas à nos orientations, ni à la volonté des acteurs des filières agricoles de l’île.

Pour nous, la filière canne à sucre est la principale production de l’île. II est donc normal et légitime qu’elle consomme plus de 50% des aides du POSEI. Et l’Europe doit continuer à soutenir cette filière qui reste le pilier de l’agriculture réunionnaise et le pivot de la diversification végétale et animale.

Ici, la filière canne génère 12.000 emplois. Elle représente 24.500 hectares de surfaces cultivées par 3.500 planteurs pour une production de 1 million 900.000 tonnes de cannes en moyenne. Nous sommes le premier producteur européen de sucre de canne avec 200.000 tonnes produites chaque année. A elle seule, la filière représente 85% des exportations de l’île en volume et participe au dynamisme économique local. Elle a une forte interactivité avec les autres filières. La canne est aussi le pilier du développement durable, car elle aide à lutter contre l’érosion et produit 1/10ème de l’électricité de l’île. En outre, elle est résolument tournée vers l’avenir grâce à ses nouvelles ressources (papiers, cartons, isolants thermiques...).

Aussi, nous prônons la consolidation de cette filière et son développement pour arriver à 30.000 hectares de surface et au seuil de 2 millions de tonnes de cannes. Il est inconcevable que les surfaces en cannes soient remplacées demain par des surfaces en fruits et légumes qui couvrent déjà 75% des besoins de La Réunion, ni par des surfaces en prairie. Nous rappelons que notre agriculture représente aujourd’hui 40% de la production agricole des Outre-mer et qu’elle est en nette progression contrairement à l’agriculture de l’hexagone et des autres DOM.

Les besoins en surface ont été évalués à 20.000 hectares pour la diversification et 30.000 hectares pour la canne afin de répondre à leur croissance. Il ne faut pas que les aides POSEI que vous souhaitez réviser se fassent au détriment de nos orientations favorisant uniquement la diversification contre de la filière canne, sans tenir compte des réalités locales. Pour atteindre nos objectifs, nous œuvrons régulièrement avec les collectivités dans la reconquête des terres en friche évaluées à 6.000 hectares.

Chez nous, le principal frein au développement des filières de diversification, c’est l’importation massive de produits défiants toute concurrence venant des pays ACP à cause des APE. En outre, dans l’océan Indien, Madagascar et Maurice, avec un SMIC de 25 à 80 euros mensuels, concurrencent déjà fortement nos filières de diversification.

Le contexte actuel nécessite de rassurer les acteurs agricoles sur la volonté de l’Europe de continuer à soutenir harmonieusement la filière canne à sucre et les autres filières végétales et animales afin de contribuer financièrement au développement agricole de l’île. Nous ne pouvons pas accepter une remise en cause unilatérale des dispositifs et modalités d’aides existantes, notamment du POSEI, qui risquent de nous affaiblir et de mettre en danger trente années de progrès agricole.

Nous restons à votre disposition pour une visite sur place de nos filières afin de vous rendre compte des réalités locales (…). »


Kanalreunion.com