Di sak na pou di

« L’homme ne se résignera jamais à être cloué au sol », Léonardo Boff

Pâques, un appel à l’espérance et à l’engagement

Témoignages.re / 4 avril 2012

L’heure est empreinte de gravité. Jésus a conscience qu’il arrive au bout de sa course terrestre. Il sait sa mort inévitable. Cette mort, conséquence de la fidélité à sa mission, il veut la regarder en face et l’affronter avec courage. D’où sa décision de monter à Jérusalem pour célébrer une dernière fois la Pâques avec son peuple.

Humainement parlant, l’avenir paraît sombre. C’est l’échec apparent de sa mission. Le peuple est déçu dans son attente d’une libération de l’occupant. Et les chefs religieux s’inquiètent de ce prédicateur trop libre à leur égard et à l’égard de leurs traditions. La décision est prise de l’évincer de la scène publique, de le faire condamner. C’est la défaite la plus radicale qui s’annonce : une mort ignominieuse sur la croix après un procès truqué. Du côté de ses disciples, ce sera, après la trahison de Judas et l’arrestation du maître, la débandade.

Jésus sait ce qui l’attend. Il sait qu’il subira sous peu une épreuve difficile et douloureuse dans l’abandon de tous. Et que fait-il ? Au lieu de fuir, il se donne. Au lieu de se protéger, il livre son corps. La trahison de Judas est transformée en don de lui-même. Il donne ce qu’il est et jusqu’au bout.
« J’ai ardemment désiré manger cette Pâques avec vous avant de souffrir » (Luc 22, 15). C’est par ces mots qu’il ouvre la célébration de son dernier repas avec ses disciples. Le repas choisi par Jésus est celui du repas pascal. C’est le repas qui fête la libération de l’esclavage d’Égypte. Mais c’est également le jour où le peuple attend le salut définitif. C’est une fête de commémoration, d’actions de grâce, et dans le même temps d’espérance.

Ce même soir où il partage le pain et le vin avec ses disciples, en évoquant son « sang versé », Jésus — spectaculaire renversement — décide de laver les pieds de ses disciples (Jean 13,1-38). A la fois geste de reconnaissance de l’éminente dignité de tout homme et de tous les hommes, contestation de tout pouvoir dominateur et oppresseur et enfin geste d’humilité du maître qui est venu pour servir. « Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et payer de sa vie la libération d’un grand nombre » (Matthieu, 2028). Et d’insister en déclarant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous » (Jean 13,15). Le disciple n’a donc pas d’autre choix que le service de ses frères.

C’est aussi ce soir-là, à la veille de sa mort et pour que l’amour soit toujours le plus fort, qu’il leur donne un commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres » (Jean 13,34). Commandement nouveau parce que toujours neuf, exprimé dans un amour toujours nouveau, toujours plus fort que la haine, toujours plus fort que l’injustice, toujours plus fort que la mort. Amour exigeant, difficile, parce qu’il doit nécessairement se traduire dans les actes de la vie de tous les jours (écoute, accueil, attention à l’autre, compassion, hospitalité…) et dans les actions communautaires en faveur du bien commun, de la justice, d’une meilleure répartition des richesses… C’est la loi unique à laquelle tout est subordonné.

Ce soir-là donc, alors qu’il est encore libre, Jésus s’empare de cette mort que ses ennemis s’apprêtent à lui faire subir. Il en dévoile le sens, déjà inscrit dans la radicalité de son message et sa pratique de vie. Cette mort prochaine ne relève donc pas du hasard, elle n’est que l’expression de son engagement inconditionnel pour la cause de l’homme comme cause de Dieu.

Le lendemain, Jésus meurt sur la croix. La mort a livré bataille, une bataille sanglante, mais elle a été déjouée, vaincue par une vie déjà donnée, livrée pour tous. « La mort a été engloutie dans la victoire. Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (Paul 1 cor, 15, 55). Jésus est sorti vainqueur du tombeau. « Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant » (Luc 24,5). La défaite la plus radicale a été transformée en une victoire irréversible sur toutes les forces du mal et de désespérance. « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié, il est Ressuscité » (Marc 16,6). Une Résurrection déjà inscrite dans sa vie et sa mort mêmes.

L’amour s’est révélé plus fort que la mort. L’histoire est dé-fatalisée. N’écoutons donc pas les prophètes de malheur qui nous disent que tout est joué ; qu’il n’y a plus rien à faire ; qu’il n’y a pas d’autre solution possible que la rigueur, que notre jeunesse doit s’exiler pour trouver du travail, qu’il n’est pas possible de nourrir 7 milliards d’hommes… Levons plutôt la tête, car la pierre a été enlevée du tombeau. Il est possible de repousser les limites du possible. C’est l’espérance de Pâques. C’est un appel à la résistance contre toutes les forces de mort. C’est un appel à transformer le présent pour le rendre habitable pour tout un chacun, à commencer par les plus petits d’entre nous.

Reynolds Michel


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