Di sak na pou di

L’Office de la Langue Créole de La Réunion et l’argent

Témoignages.re / 14 avril 2012

L’Office de la Langue Créole de La Réunion subit depuis quelques mois des attaques sur les subventions qu’il a touchées. « Qu’est-ce que vous avez fait de cet argent ! » nous serine-t-on (sous-entendu : « vous, individus, en avez profité »). Demande-t-on cela à toutes les associations réunionnaises ? Bien sûr que non ! Pourquoi à nous ? Parce que nous sommes des défenseurs du créole réunionnais ! Bien que nous n’ayons pas de temps à perdre à nous justifier perpétuellement, nous nous expliquons aujourd’hui par respect pour les Réunionnais.
L’argent que différentes institutions nous ont versé nous a intégralement servi à :
la publication d’ouvrages de défense de notre langue créole ;
l’organisation de colloques et conférences sur la prise en compte de la langue maternelle (créole ou français) des enfants réunionnais, et ce pour leur réussite scolaire ; sur le bilinguisme créole-français ; sur l’enseignement de la culture et de la langue réunionnaises, sur l’enseignement du français en milieu créolophone ;
un grand sondage sur les sentiments que les Réunionnais ont de leur langue créole, son utilisation, son écriture, sa transmission de génération en génération, sur le français à La Réunion.
S’il n’y avait pas eu ces sondages, nous ne saurions pas aujourd’hui que :
74% des Réunionnais estiment que le créole réunionnais est une langue ;
90 % des Réunionnais estiment que le bilinguisme créole-français est une richesse ;
71 % des Réunionnais sont favorables aux classes bilingues créole-français.
Il est évident que pour certains, c’est toujours payer trop cher que d’apprendre des nouvelles qui montrent que les Réunionnais sont lucides, qu’ils reconnaissent l’importance de leur créole et de leur français ! Qu’ils ne veulent en rien sacrifier de ce qu’ils sont et de ce qui est bon pour eux-mêmes et leurs enfants.
Ces subventions que l’Office gère en faveur de la langue créole de La Réunion et du bilinguisme créole-français, aussi importantes soient-elles — nous remercions ceux qui nous les confient — ne sont en rien comparables à celles que les Bretons ou que les Basques reçoivent pour la valorisation de leurs langues régionales respectives. L’Office de la Langue Bretonne a reçu, en 2011, plus de 1 million d’euros ; l’Institut Culturel Basque, 850.000 euros en moyenne, chaque année, durant la dernière décennie. Il est vrai que ces deux institutions sont des structures publiques. L’Office de la Langue Créole, association Loi 1901, n’a jamais demandé à brasser de telles sommes. Personnellement, je souhaite la création d’une institution publique réunionnaise dotée de moyens conséquents lui permettant d’œuvrer pour la valorisation du créole réunionnais dans le cadre d’un bilinguisme créole réunionnais-français.
Aujourd’hui, l’Office de la Langue Créole de La Réunion doit, en même temps, gérer des projets qui nécessitent un financement et d’autres pour lesquels le bénévolat suffit. L’Office serait trop heureux de n’avoir à s’occuper que des projets qui ne nécessitent aucune comptabilité, aucun dossier de demande de subvention. Et pour en revenir aux accusations de profits matériels : aucun membre de l’Office n’est salarié, aucun ne se fait rembourser les frais que lui occasionne son activité au sein de l’association. Tous cèdent à l’association leurs droits financiers (par exemple de traduction en créole réunionnais, ou des conférences payantes — et je puis attester que cela correspond à des sommes non négligeables qui nous permettent de "boucler nos fins de mois" sans stress).
Voilà donc l’essentiel de ce que l’on peut dire sur les rapports entre l’Office, ses activités, et l’argent. En tant que président de l’association, c’est mon devoir de déclarer solennellement que ceux qui continueront à prétendre que notre action nous rapporterait des avantages matériels ou financiers, ce qui est de la diffamation pure et simple, devront en répondre en justice.

Axel Gauvin,
président de l’Office de la Langue Créole de La Réunion


Kanalreunion.com