Di sak na pou di

« L’orthographe est de respect »

Georges Benne / 7 mars 2016

« OGNON », sans la lettre i, « nénufar » avec un f… et ainsi de suite pour 2400 mots, - rien de moins -, répertoriés il y a vingt-six ans par l’Académie française et auxquels Madame la ministre a décidé de changer ou de supprimer certaines lettres ou certains accents… Mais pourquoi une telle opération, qui entrera en application dès la prochaine rentrée scolaire ? Est-ce pour compenser la « grande réforme de l’enseignement », si chère au président Hollande, mais qui semble avoir raté son entrée et qui risque, comme les précédentes, de paraître et de disparaître à l’image du fameux serpent de mer ? Ou bien, est-ce pour répondre à la demande de ceux ui réclament une simplification de l’orthographe sans prévoir les conséquences que cela pourrait entraîner ? « Avec la réforme orthographique, nous dit Eric Cioti, c’est une nouvelle fois, le nivellement par le bas qui prime sur l’exigence qui fait l’excellence. »

J’ai rencontré, quand j’étais sur les bancs de l’école, les mêmes difficultés avec l’orthographe que la plupart de mes camarades. Mais elles se sont estompées par la suite au fil de mes lectures. Car c’est en lisant, surtout les grands auteurs, avec toute l’attention qu’ils méritent, que j’ai appris à bien fixer l’orthographe. En la traitant à part et en la détachant du reste, la ministre de l’Éducation, ne nous fait-elle pas oublier l’essentiel, qui est, faut-il le rappeler, d’apprendre à lire ? Oui, d’apprendre à lire, en mettant tout en œuvre en vue de donner à chaque enfant, dès le plus jeune âge, l’envie de lire, le goût de la lecture. « Il s’agit d’apprendre à lire, et aussi d’apprendre à penser sans séparer jamais l’un de l’autre ». soulignait avec force le philosophe Alain. Cette précision vaut davantage aujourd’hui que le Tout-marché, pour servir ses intérêts, impose partout sa propre manière de penser, qui est ce que l’on désigne par la « pensée unique ».

« Un homme qui sait vraiment lire (…) disait encore Alain reconnaît les mots d’après leur aspect, comme une vigie reconnaît un bateau aux cheminées. Si vous écrivez « filosofie, vous supprimez deux cheminées ; je ne reconnais plus le bateau. Temps perdu ; car l’attention utile ne porte pas sur un mot, mais sur une suite de mots qui font un sens par leur relation. C’est un esprit lent qui s’arrête à chaque mot ; l’idée n’est point dans le mot, mais dans la phrase. » (…) Celui qui lit des yeux sait naturellement l’orthographe ; il reconnaît ce mot que je viens d’écrire comme on reconnaît un objet. »

Pour ceux qui lui accorderaient de moins en moins d’importance, surtout avec l’usage du texto, et à l’intention de Madame la ministre, nous aimerions reprendre ce qu’écrivait Alain il y a un siècle : « L’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse. » (…)« On dit que l’orthographe est difficile ; mais la danse et et la politesse sont difficiles de même ; c’est grand profit quand on les sait ; c’est déjà grand profit de les apprendre. »

Georges Benne


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