Di sak na pou di

Là-bas aussi l’espoir est dans la rue...

Témoignages.re / 26 décembre 2012

La révolution zapatiste aura 19 ans le 1er janvier 2013. Elle a construit patiemment, démocratiquement, une société autonome du pouvoir mexicain. Une société qui a su inventer un autre rapport à la justice, à l’éducation, à la santé, à la démocratie et à la propriété ; comme l’affirme l’Université de la Terre à San Cristobal de las Casas, « nous sommes en train de faire l’autre monde ».
Cette révolution, beaucoup l’ignorent ou la croient morte ou encore la caricaturent à l’aune de leur cynisme blasé qui s’est arrêté aux images, un temps branchées, de Marcos encagoulé dans son passe-montagne.
Où sont-ils aujourd’hui les journalistes pour montrer et expliquer l’importance de ce qui s’est passé au Chiapas ce 21 décembre dans les villes de San Cristobal, Ocosingo, Las Margaritas et Comitan ?
Loin des célébrations "new age", les Indiens zapatistes sont descendus des communautés et des montagnes pour envahir silencieusement les rues des villes qu’ils avaient occupées avec les armes en 1994. Leur message est tout autant dans ce silence qui sonne comme un reproche aux oreilles du monde capitaliste bruyant et sourd que dans la force de leur mobilisation et de leur organisation. À ceux qui les croyaient ou les voulaient morts, ils affirment, en levant le poing devant les bâtiments officiels de l’État ou les cathédrales, qu’ils sont debout, dignes et pleins d’espoir pour un monde non capitaliste.
Oui, cette sortie silencieuse de plus de 40.000 Zapatistes est porteuse d’espoir et ouvre un horizon à notre monde si replié sur lui-même ! Un monde si peureux et arrogant qu’il ne voit pas au-delà de ses dogmes capitalistes et s’en remet à la vision de sa presse borgne et bien rassurée entre ses œillères !
Depuis deux jours, les communiqués des Zapatistes et de leurs soutiens se succèdent, mais la presse officielle ne reprend rien de cet événement ! Aucun intellectuel ou politique ne daigne prendre la plume pour signer un article de soutien ou seulement d’information. Pas même celles et ceux qui étaient prompts à se faire photographier auprès du sous-commandant Marcos !
Alors oui, les Zapatistes ont raison de rompre le silence par ces mots : « Démocratie ! Liberté ! Justice ! Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain ».
Je lance ce message comme une bouteille à la mer, car je sais combien cette information redonnerait courage à toutes celles et tous ceux qui n’ont pas renoncé à changer le monde ! Or, le courage et l’espoir sont ce qui nous manque le plus. Et puis, le 1er janvier 2012, j’ai fait la promesse aux Zapatistes qui nous recevaient de faire savoir que leur révolution non seulement n’est pas morte, mais qu’elle est jeune, courageuse, imaginative et qu’elle sème toujours et encore les graines de la dignité et de l’émancipation, quelle que soit la saison et pour tous les vents.

Aline Pailler,
message transmis par Didier Delezay


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