Di sak na pou di

La crise et les collectivités la méthode couacs

Témoignages.re / 3 novembre 2011

La crise, cette angoisse du jour, tapie dans les statistiques et les esprits, « ce cercle dont le centre serait partout et la circonférence nulle part » (M.Oufray). L’inquiétude dans les chaumières. Partout... sauf à la tête des collectivités territoriales, qui assument pourtant les 2/3 des investissements publics en France. Si prompts à se délecter depuis 30 ans des transferts de compétences et de pouvoir de l’État, nos fiers élus restent étrangement silencieux face aux futurs orages. Pas de communication, leur pêché mignon. Aucune lisibilité d’avenir. Le tout sonnant comme un aveu d’impuissance dont ils seraient partiellement auteurs. Or, les temps ont changé, où Victor Hugo écrivait que « le peuple ne demande pas à être éclairé, il exige d’être ébloui », et où le réveil risque d’être cruel dans les Hôtels de Ville et autres sièges d’Assemblées locales.

État des lieux

1 Dans tous les États de l’Union européenne, les dotations aux collectivités vont baisser. Par exemple, de 27% sur 4 ans au Royaume-Uni, de 15 milliards en 2012 en Italie. En France, le récent rapport Attali au Chef de l’État préconise la désindexation (de l’inflation) des dotations aux entités locales. Soit 4 milliards/an. Une piste parmi tant d’autres, mais un nouveau coup dur programmé pour le BIP notamment. Plus encore à La Réunion, si tributaire de l’ampleur des transferts publics.

2 Face à ce désengagement des partenaires institutionnels (Europe, État, bientôt les banques), nos élus, certes pas coupables de la crise, mais responsables de ses conséquences, ont ils les moyens de compenser, à moindre mal, afin de préserver le développement économique de l’île et la qualité de vie de sa population ? Trois leviers principaux sont pour cela â leur disposition : la fiscalité, l’emprunt, enfin les économies de gestion. Peuvent ils accroître significativement la pression fiscale ? C’est la solution de facilité. Mais qui, dans un contexte cruel de hausse du chômage et de perte généralisée du pouvoir d’achat, affecterait la cohésion sociale déjà précaire, avec une désespérance populaire, mère de toutes les dérives sociétales. Bon courage aux services sociaux de toutes catégories !

Nos élus peuvent ils emprunter toujours plus ? Pure hypothèse, car en 2012 l’enveloppe globale des prêts aux collectivités baissera de 25 milliards à 15 (la faillite de Dexia ne facilitant pas les choses). Pure hypothèse encore, puisque les banques sont tenues de respecter les normes Bâle 3 (leurs taux d’intérêt deviennent prohibitifs pour les emprunteurs non adossés à des ressources propres, soit l’autofinancement). Pure hypothèse, enfin, car la réduction de l’offre globale de prêts (encore amoindrie depuis peu par l’annulation de 50 milliards de la dette grecque envers les banques), entraînera une surenchère des taux d’intérêt. Les collectivités les mieux gérées, les moins fragiles budgétairement, seront les mieux servies.

3 Au delà du recours à l’impôt et à l’emprunt, c’est donc le degré d’excellence dans la gestion qui déterminera le niveau de l’autofinancement, donc de leur capacité à réagir à la crise. Or, d’ores et déjà, sont disqualifiées à la course à l’emprunt les collectivités plus cigales que fourmis. Celles ayant durablement mis en place, sans réelle nécessité, des armées mexicaines d’agents et de cadres, qui affectent leurs marges de manoeuvre. Or, seule l’entreprise crée de la richesse.
L’emploi public, lorsqu’il monopolise les 2/3 des budgets de fonctionnement locaux, n’a jamais été une réponse fiable au chômage. Trop de collectivités ont privilégié leurs dépenses de confort, là où elles auraient dû se recentrer sur leurs compétences essentielles. Ce constat est démultiplié par l’existence de sept niveaux de gouvernance territoriaux. Autant de sources de frais de fonctionnement (communication, véhicules de fonction, etc.), là où il eût fallu mutualiser, en les améliorant, les moyens déjà existants.
Remettre en cause cette débauche de gaspillages du mille feuilles territorial, ce serait demander à bon nombre de parlementaires, par ailleurs responsables de collectivités, de se faire hara-kiri, d’où le problème du cumul des mandats. L’économie de gestion, ce sera enfin la privatisation de certains services publics, l’usager se substituant au contribuable, avec à la clé une remise en cause de la solidarité locale. On le voit, les défis risquent d’être considérables pour nos élus, appelés à la lucidité, au courage, au réalisme, avec de faibles marges de manoeuvre. Mais restons Français, donc pessimistes heureux, grâce à notre bonne vieille méthode Coué selon laquelle le futur ne sera plus mauvais que s’il était pire.

Henri Ribot
Ancien administrateur territorial


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