Di sak na pou di

La danseuse se néglige

Témoignages.re / 8 octobre 2012

La danseuse c’est nous, les Réunionnais. Alors qu’il était ministre des finances, c’est Valéry Giscard d’Estaing, qui qualifiait ainsi chacun des confettis de ce qui restait de l’empire colonial français. Il est de notoriété publique qu’une danseuse entretenue coûte cher à son protecteur. Trop cher pour le locataire de Rivoli de l’époque. Il est vrai que, vue de loin, elle est splendide la danseuse avec ses P.C.R. classés. Il n’est pas question ici de reconstruction mais des pitons, cirques et remparts (P.C.R.) classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une superbe danseuse qui laisse découvrir sa malpropreté dès qu’on s’en approche. Quand on vient à La Réunion ou qu’on y vit, la saleté et les déchets font partie intégrante du paysage. Triste spectacle contre lequel on a renoncé à lutter. La danseuse se néglige. Pour s’en convaincre, un petit tour sur le site www.bandcochon.re est consternant : plus de 6000 dépôts sauvages ! La danseuse est une souillon. Que faire ? Réprimer ? Inutile dans une société qui a érigé le "pas vu, pas pris" en règle de vie. Éduquer ? Oui, mais il faudra beaucoup temps pour responsabiliser une population encore imprégnée d’assistance. Alors, je fais une proposition iconoclaste.
Pour faire simple, il s’agit de s’inspirer de l’ancien dispositif des bouteilles consignées. Dans tous les lieux publics vous ramassez des déchets, les vôtres, bien sûr, mais aussi ceux des autres. En échange de quoi vous êtes rémunéré lorsque vous venez déposer ces déchets dans un lieu de collecte.
Plutôt que de chercher à punir les salisseurs, on incite donc les ramasseurs grâce à une rémunération non imposable et non cotisable. On peut même espérer des vols de déchets pour les "vendre" à la collectivité contre des espèces sonnantes et trébuchantes.
Mais alors qui va payer objecterez-vous ? Tout simplement, la collectivité en augmentant la TEOM (taxe d’enlèvement des ordures ménagères). Il suffit alors à chacun de nous de "vendre" le plus possible de déchets pour compenser son augmentation de TEOM, enclenchant ainsi un cercle vertueux.
Ainsi, plus on ramasse de déchets, plus on encaisse de leur vente et plus la TEOM augmente certes, mais très vite il n’y aura plus de déchets à ramasser dans les lieux publics d’où une baisse subséquente de la TEOM. Voilà pour le schéma général, reste à approfondir les modalités pour organiser un dispositif performant et se prémunir contre les ruses de citoyens toujours très doués pour exploiter la collectivité. Inutile de descendre en flammes mon idée baroque.
Prenez la plume ou le clavier et faites d’autres propositions, et bien meilleures, pourquoi pas ? Il faut faire quelque chose : c’est urgent. La Réunion est "makot" et sa cote va en souffrir : c’est en route. Et les mauvaises réputations ont la vie dure. La danseuse est entretenue…mais elle manque d’entretien. Levez les yeux : nos P.C.R. sont grandioses ! Mais regardez où vous mettez les pieds : la "tay" n’est jamais loin. Triste époque.

 Charles Durand
Le Brûlé - Saint-Denis
 

makot : sale, malpropre.
tay : excréments.


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