Di sak na pou di

La jeunesse réunionnaise avant tout

Témoignages.re / 9 février 2013

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Au cours de la campagne des élections présidentielles, la proposition des « emplois d’avenir » a suscité un réel intérêt chez les jeunes. Beaucoup se sont engagés dans l’espoir de faire partie des heureux bénéficiaires de cette nouvelle forme de contrats.
 Dès le départ, le principe de fixer le nombre de ces emplois d’avenir pour La Réunion en fonction de son taux de chômage, comme ce fut le cas en 1999 pour les « emplois jeunes », et non par rapport à la seule mesure de la population a été proclamé par les différentes formations qui soutenaient le candidat François Hollande.

Il faut retenir comme extrêmement positif que le nombre de 5.000 emplois d’avenir ait été retenu par le gouvernement.
 Certes, on peut regretter que la contribution résiduelle à la charge des employeurs soit élevée : autour de 500 euros par mois. Mais s’emparer de ce fait pour faire la fine bouche, jusqu’à viser l’échec prévisible de la politique du gouvernement, serait indigne des élus de La Réunion.

En mettant en place les « emplois d’avenir » , 5.000 pour La Réunion cette année, le gouvernement engage 90 millions d’euros. (1.500x12x5.000). Il est demandé à La Réunion, toutes collectivités confondues, d’engager 30 millions d’euros (500x12x5.000). Il est raisonnable de suggérer que les communes aient à leur charge au maximum 15% des 25% à financer. Il est légitime de demander aux deux grandes collectivités de financer les 10% restants. Soit, pour le Conseil général et le Conseil régional mis ensemble, 12 millions d’euros. Il suffirait, pour fixer la responsabilité de chacun, de déterminer les domaines de compétences respectifs des deux assemblées. Prenons pour hypothèse que la contribution du Conseil régional s’établirait à 6 millions. Cela est-il insurmontable ? Combien cette institution a-t-elle investi dans d’autres actions, telles que, par exemple, la baisse du prix des carburants ?
 Peut-on croire qu’il est plus important de faire baisser de 3 euros la dépense hebdomadaire d’essence des automobilistes que de donner à 5.000 jeunes Réunionnais une chance réelle d’insertion durable, dans l’océan de chômage dans lequel ils se noient ?

Il ne s’agirait pas en réalité de dépenses nouvelles. En effet, les deux assemblées ont apporté dans le passé une importante contribution au financement du résiduel des contrats aidés, chacune dans leur domaine de compétences, et quelquefois même en chevauchant respectivement ces dernières.

Certes, j’ai entendu sur divers bancs que l’emploi était la compétence de l’État, et je le réaffirme moi aussi à l’occasion ; mais lorsque l’État consent un tel effort, allons-nous, comme par réflexe d’assistés, dire « mèt encor la pa asé »  ?

Nous, élus de La Réunion, sommes-nous des élus réunionnais qui veulent que notre Peuple avance ?

Nous qui réclamons la Responsabilité, serons-nous des élus Responsables ?

Que chacun se souvienne des « emplois jeunes », et de la bouffée d’oxygène qu’ils ont constituée. 80% de ces jeunes, forts de l’expérience accumulée durant 5 ans, ont obtenu, après bien des aléas, il est vrai, un emploi pérenne dans les secteurs où ils étaient en activité. 
Ne prédisait-on pas, pourtant, l’échec du dispositif, outrageusement critiqué à l’époque ?

Refuserons-nous à la jeunesse réunionnaise en désespérance ce que nous lui avons apporté en 1999 ?

Je suggère que les représentants des deux grandes collectivités et les maires se réunissent en séminaire pour bâtir ensemble un protocole de participation respective au financement de la part résiduelle des emplois d’avenir.
 Cette démarche sera saluée par la jeunesse réunionnaise, car c’est elle qui compte avant tout.

J’entends déjà certains commentateurs me dire : « vous allez dans le même sens que Michel Vergoz » 
 !
 Le fait que nous ayons sur ce sujet des convergences ne l’exonère pas du mauvais coup qu’il a porté à son propre camp, quand il a fait perdre la Région aux forces de progrès pour la confier aux pires adversaires de son propre gouvernement.

La Réunion en supporte aujourd’hui, indéniablement, les graves conséquences. Mais ruminer cet échec collectif n’est pas une manière de s’adresser aux demandes concrètes exprimées par le Peuple.

Claude Hoarau


Kanalreunion.com