Di sak na pou di

La logique illimitée de l’ultra libéralisme

Témoignages.re / 24 juin 2011

La Commission européenne a annoncé lundi une incroyable réduction dès 2012 de l’enveloppe accordée au programme d’aide alimentaire. Celui-ci est destiné aux plus démunis des Européens. Une coupe sombre : près de 400 millions d’euros en moins. Un budget ramené à seulement 113 millions d’euros ! Conséquence : des millions d’Européens vont souffrir de la faim.

Tout a commencé par une plainte de l’Allemagne. Le pays d’Angela Merkel, soutenu notamment par la Suède, a déposé une plainte devant la Cour européenne de Justice. Pour ce pays, les 500 millions d’euros émanant du budget de la PAC (Politique agricole commune) servant à financer les aides alimentaires aux plus démunis étaient illégaux. Cette somme compose le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD). Selon les estimations, 43 millions de personnes dans l’Union européenne sont menacées par la pauvreté alimentaire. Et 80 millions d’Européens vivent sous le seuil de pauvreté.

Ce fonds est né au moment de la première action de distribution gratuite de nourriture en Europe, c’était lors de l’hiver exceptionnellement froid de 1986. L’Europe disposait alors de stocks excédentaires de produits agricoles (beurre, lait notamment). Il fallait à la fois écouler les stocks et nourrir les plus démunis. D’où l’idée de donner ces denrées alimentaires à des associations humanitaires. Elles en assuraient la distribution.

Mais, lors de la réforme de la PAC en 1990, l’Europe a supprimé ces stocks et les a traduits par une enveloppe budgétaire équivalente à 1% du budget de la politique agricole de l’Union européenne. Ce sont ces fameux 500 millions d’euros. Ils étaient répartis entre les associations humanitaires les plus importantes, et certaines trouvaient là jusqu’à 50% de leurs ressources, en Pologne, cela représentait même 90% des ressources.

L’Allemagne, dans sa logique économique, a estimé que cela n’était pas légal, ce fonds constituant une aide financière purement sociale qui « aurait perdu tout lien avec la Politique agricole commune et qui enfreint les principes de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ». D’où la plainte auprès de la Cour européenne de Justice. Celle-ci a rendu son jugement en avril dernier : les motifs invoqués par l’Allemagne étaient recevables.

Conséquence : l’aide est supprimée. Mais la Commission européenne n’a pas estimé utile de faire appel de cette décision. Elle accepte le verdict de la Cour, estimant que « la réglementation actuelle impose que les denrées couvertes par ce régime proviennent des stocks publics de l’UE et non de fonds issus du budget de la Politique agricole commune ». La décision est donc exécutoire. Et ce sont donc des millions d’Européens en grande précarité qui vont être encore plus fragilisés.

L’attitude de la Commission européenne de ne pas faire appel est consternante et révoltante. Barroso n’est d’ailleurs pas connu pour son côté social… La coupe sombre de ces fonds a provoqué la colère légitime des associations humanitaires françaises. Cela a aussi suscité une (douce) indignation. Tant de la députée européenne Rachida Dati que du ministre français aux Affaires européennes, Laurent Wauquiez.
Lorsque Wauquiez lance : « Nous attendons de la Commission qu’elle arrête des propositions opérationnelles qui permettent de concilier les décisions de justice et les impératifs politiques », n’est-il pas en train de botter en touche ?

D’une part, parce que la Commission et Barroso ont déjà rédigé quelques contre-propositions. Mais celles-ci ne pourront être approuvées, quelques pays ayant d’ores et déjà fait savoir leur opposition aux solutions proposées. Parmi ces pays : l’Allemagne, bien sûr, mais aussi les pays européens du Nord. Ceux qui “vont bien”, ceux qui ne sont pas soumis aux plans de rigueur, car ils ont déjà procédé — notamment en Allemagne — à des baisses des salaires, à des suppressions de prestations sociales…

D’autre part, voir le gouvernement jouer les vertueux et les défenseurs des plus faibles, ce n’est pas crédible. Entendre Wauqiez s’ériger en preux chevalier, c’est carrément risible : il y a quelques semaines, ce même homme avait parlé d’assistanat en évoquant les allocataires du RSA et en exigeant d’eux des heures de travail !

Et surtout : qui est le principal allié de l’Allemagne ? La France, celle de Nicolas Sarkozy. Leur vision de l’Europe est la même : une Europe ultralibérale, liée à la finance internationale, qui privilégie la concurrence au lieu de la coopération économique, et cela, au sein même de… l’Union européenne ! Qui crée « un pacte de compétitivité pour la convergence » ! Là, comme contradiction intrinsèque, c’est dur de faire mieux !

« Ce n’est pas la technique qui doit dicter les choix politiques », a lancé Wauquiez à l’adresse de l’exécutif européen. Et si le choix politique que nous avions à faire, nous, citoyens, c’était celui d’une vraie gouvernance (notamment économique) de l’Europe, proposant de vraies politiques de solidarité ?

Ce choix, ce n’est pas celui de l’UMP de Sarkozy, bien sûr. Même pas celui du PS, qui écrit dans son programme pour la Présidentielle : « Nous donnerons vie aux coopérations renforcées, proposerons les contours d’un groupe pionnier adossé à la France et à l’Allemagne, autour d’objectifs précis. Ce groupe pionnier sera le moteur de réformes institutionnelles nécessaires pour redonner force et ambition au projet européen ».
« L’Europe sera sociale, écologique et solidaire ou ne sera pas », écrivent les économistes atterrés dans la 4ème de couverture de “20 ans d’aveuglement : l’Europe au bord du gouffre”.

Et La Réunion est encore plus près du gouffre que l’Europe entière !

Kora-Ly Payet


Kanalreunion.com