Di sak na pou di

La MCUR, un outil tourné vers l’avenir

Témoignages.re / 2 octobre 2009

Je viens de lire dans la presse, sous la plume de M. Raymond Caderby, cette énormité : « La MCUR est un outil de propagande tourné vers le passé et qui obère la vraie identité réunionnaise qui, elle, veut se tourner vers l’avenir » ("Le Quotidien" et le "JIR" du 26/09/09).

M. Caderby aurait-il proféré une telle contre-vérité s’il avait lu les textes de la MCUR sur la question identitaire ? Quoi qu’il en soit, la MCUR n’a cessé et ne cesse d’affirmer que « l’identité est toujours en construction, jamais totalement réalisée, figée ; c’est un acte créateur (on se construit comme Malbar, Kaf…) »1.

L’équipe scientifique et culturelle de la MCUR, au courant de tous les travaux sur cette question, sait mieux que quiconque que l’identité culturelle n’est pas une chose qu’on peut enfermer dans la vitrine d’un musée, mais un processus de construction et de transformations, en permanence défiée par la réalité. Donc, toujours en mouvement et en devenir. Et, de surcroît, plurielle : « toute identité est plurielle car les individus se considèrent comme membres de plusieurs unités à la fois ». Cette conception de l’identité toujours en mouvement et en recomposition et comme étant faite d’appartenances multiples où l’Autre est en moi ne peut que créer en nous un rapport différent aux autres : une ouverture à l’altérité et un accroissement de notre propre accomplissement.

La question identitaire, ici comme ailleurs, est une question ultra-sensible ; car ce qui se joue, c’est la construction d’une identité fermée ou ouverte ; c’est la construction du lien social. Caricaturer la position de l’autre en la matière est non seulement un manquement à l’éthique mais un jeu potentiellement dangereux !

Pour l’équipe de la MCUR, l’identité réunionnaise doit être mise en rapport avec le processus de créolisation, entendue comme « une dynamique de la perte, de l’emprunt et de la création ». Qu’est-ce à dire ? « Chaque groupe arrivant à La Réunion, précisent les auteurs du Rapport d’Information, a été soumis à un processus de créolisation, c’est-à-dire que ses membres ont été amenés à la fois à renoncer à des croyances, des traditions, des pratiques et à préserver des aspects de ces croyances, traditions, et pratiques tout en empruntant aux autres ».

C’est donc de ce processus qu’est née l’identité réunionnaise, « plurielle dès ses origines », « jamais totalement réalisée, figée » et « liée au sol et à une culture et non au sang ». « Fruit d’une interculturalité, d’un métissage qui n’est pas l’expression d’une simple harmonie ,mais le plus souvent d’une rencontre conflictuelle », cette notion, précise-t-on, est difficile à entendre et à défendre, car «  elle questionne tous les discours identitaires qui glorifient la racine, le lien du sang, l’immuabilité des références identitaires  ». C’est nous qui soulignons.

Jamais une conception de l’identité réunionnaise, rejetant la racine unique, la source unique, n’a été aussi clairement explicitée. Il faut vraiment avoir un sacré culot, après la prise en compte de cette acception de l’identité réunionnaise, pour prétendre que la MCUR est un outil tourné vers le passé. Une telle affirmation ne peut relever que de la manipulation de l’opinion publique.

Aman, un signataire du Manifeste pour la MCUR

(1) Sources : Actes du colloque 2001 sur Diversité et identité, MCUR, 2002.
Actes du Colloque de décembre 2003 sur Racines et itinéraires de l’Unité Réunionnaise, MCUR, 2007. Rapport d’information sur la MCUR/DGADD/2009/, Édit. Région Réunion, 2009.


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