Di sak na pou di

La mondialisation, cette immense entreprise à se moquer du monde ?

Témoignages.re / 18 août 2011

La crise actuelle ne laisse personne indifférent. Crise financière, économique, sociale, identitaire… Une crise conjoncturelle (bien que cela commence à durer et la récession n’est pas derrière nous), mais aussi structurelle à La Réunion. Une crise engendrée par une globalisation des échanges économiques, par une mondialisation peu respectueuse des droits humains et dont la seule règle est de dépasser les frontières pour engranger le maximum de profits, en privilégiant la rentabilité et la surenchère financière.

Dans ce contexte alarmant, chacun des candidats à la future élection présidentielle fait part de ses propositions pour tenter d’en sortir. Nicolas Sarkozy, probable candidat à sa succession, tente de se faire passer pour le grand sauveur de la France et de l’Europe, en omettant de souligner sa responsabilité et celle de son gouvernement. En effet, rappelons que depuis son élection en 2007, le déficit de la France n’a jamais cessé de se creuser, que l’endettement du pays s’est très fortement accentué. Et voilà qu’on se lance dans des promesses bien tardives de taxation des revenus financiers en taisant les cadeaux fiscaux faits aux plus riches… duperie !

Dans ce marasme financier et économique où le virtuel (les rumeurs) domine(-nt), où la spéculation règne encore sans partage, il me semble qu’il faille accueillir avec réserve et prudence les discours dérivant volontiers vers la ligne d’horizon de rigueur et d’austérité tracée par l’actuel chef d’État.

D’autres profitent de l’occasion pour se replier sur un nationalisme exacerbé, surfant sur des thèses xénophobes (et du coup obligeant les droitiers du pouvoir actuel à extrémiser leur discours).

En réalité, la question qui se pose est bien celle-ci : la globalisation des échanges se fait-elle au bénéfice des femmes, des hommes et des enfants de France, des Outre-mer, des pays européens ? Ou au contraire leur a-t-elle nui, a-t-elle creusé davantage les inégalités entre eux, jusqu’à bouleverser l’échelle de nos valeurs humanistes et faire craindre l’effondrement du socle de nos démocraties ?

Deux réponses possibles :
Si l’on considère, comme le clan des sarkozystes, qu’elle a été faste : poursuivons et persistons dans cette voie. Mais les effets de cette mondialisation continueront à nous montrer les limites d’un système, les limites d’un modèle. En tout cas, le constat est évident : croissance et budgets en berne, système éducatif en panne, fonction publique bouc émissaire, politique outremer inadaptée, décentralisation embourbée, inégalités croissantes, chômage important (notamment outre-mer), délocalisations brutales, politique environnementale peu ambitieuse…

A contrario, si nous nous ne laissons pas aveugler par les paillettes et le bling-bling, et regardons la réalité en face, nous faisons un double constat : d’une part, une passivité face à la mondialisation économique ; d’autre part, l’incapacité du système en place à en contrecarrer les effets négatifs et désastreux. Une sorte de « dumping social et environnemental » aux conséquences inhumaines, face auxquelles notre responsabilité de citoyen et d’élu nous somme de réagir.

Quel doit être le remède ? Comment faire face et quelles solutions ?
Certes, il appartient à ceux qui nous gouvernent et qui souhaitent nous représenter demain d’apporter des solutions et de tirer des enseignements de la situation actuelle, de proposer un schéma cohérent pour l’avenir. En tenant compte des erreurs passées et des particularités (notamment celles des Départements d’Outre-mer)… C’est pourquoi il est nécessaire que ceux qui nous gouvernent ainsi que les élus de notre Parlement entendent une parole politique réunionnaise forte, juste, pragmatique et réaliste.

Parce que si elle reste prisonnière des bourses, des écrans virtuels des traders, du CAC 40 et des spéculations de tout bord, la mondialisation n’est en fait que cette immense entreprise à se foutre du monde. Il faut donc balayer cette passivité prônée par un certain parti qui n’a de populaire que le nom et enrayer les conséquences destructrices de ses choix libéraux.

Il est de notre responsabilité, de celle de nos gouvernants de faire preuve d’innovation et d’audace. Il est de notre responsabilité, de celle de nos gouvernants d’adapter orientations et décisions politiques aux réalités vécues par notre population, par nos gramouns et nos enfants. Il est de notre responsabilité, de celle de nos gouvernants de répondre de manière la plus juste à leurs légitimes aspirations.

A la veille d’échéances importantes, tous ces débats ne doivent pas nous paraître lointains. Car n’en doutons pas, les mesures drastiques prises à Paris s’appliqueront outremer, en dépit des difficultés et des handicaps que nous connaissons. Alors, ne nous trompons pas. Concentrons-nous sur nos fondamentaux. Il faut trouver des issues durables et originales pour résoudre les problèmes qui gangrènent la société réunionnaise — que l’austérité ne fera qu’amplifier — avant qu’il ne soit trop tard. Restons sur ce qui me semble essentiel pour La Réunion : un projet de développement global pour les 10, voire les 20 prochaines années, qui aurait tiré les enseignements de la mondialisation des échanges, de ses effets destructeurs.

Rassemblons-nous pour porter cette voix réunionnaise, la rendre audible au plus haut niveau de l’État. Et quelles que soient les futures évolutions économiques et politiques à Paris, faisons émerger des solutions durables pour notre île…

Éric Fruteau
Maire de Saint-André


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